MICHELE HARDENNE

Je suis une rêveuse et je vous invite à visiter un jardin imaginaire où les mots sont des fleurs qui poussent dans le champ de mes lubies.

 
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Dans l’antre de la bête. 8 avril, 2011

Classé dans : FABLE — michelehardenne @ 9:55

 ours mal léché

Dans l’antre de la bête.

Dans l’antre de Zibo, il fait froid, humide et sombre.

Dès que les premières narcisses commencent à s’ouvrir  leur fragrance s’infiltre dans la grotte et réveille tout en douceur ce gros balourd qui pour la belle saison se prépare et se fait beau.

Il se pare de magnifiques atours en mettant un costume velu aux couleurs de miel, fait quelques vocalises en poussant des grognements qui dans sa maison font écho et entendus de l’extérieur avertissent ses voisins de sa prochaine sortie.

Ce grincheux a déjà connu pas mal d’hivernages et à chaque fois c’est pareil…

Du printemps à l’été, Zibo se promène dans la forêt.

Heureux et d’un pas léger, il se met à siffler pour accompagner le chant des premiers oiseaux, il danse au rythme du vent qui se prend dans les cyprès, dandine sa grosse tête en imitant les cimes des hauts sapins et se rend comme à chacune de ses promenades après son long sommeil, à la rivière.

Zibo connaît cet endroit par cœur, le moindre rocher il l’a touché et pour lui c’est « sa clairière » et n’y est accueilli que celui ou celle qui saura s’en faire son ami.

J’ai eu l’occasion d’aller me promener dans cet endroit, au printemps dernier, et il est vrai qu’il était magique.

La lumière du soleil filtrée par le feuillage des arbres était douce et apaisante.

Les herbes que foulaient mes pieds étaient vertes et tendres, par-ci, par-là des fleurs sauvages faisaient un tapis coloré et l’air était parfumé de mille senteurs agréables.

Zibo m’avait remarquée, méfiant il s’est d’abord approché de moi en poussant un grognement qui ne me semblait pas très amicale.

Voyant que malgré son air bourru je lui souriais, il se mit à adoucir le ton de sa voix en prenant des intonations presque humaines et je parvenais à le comprendre à demi-mot.

Chaque jour, j’allais rendre visite à mon nouvel ami qui m’attendait dans la clairière, il pêchait dans la rivière quelques truites stupides qui se laissaient attrapées et me les offraient pour me faire rire.

Mes éclats de bonne humeur le rendait beau, il souriait et nous étions heureux de nous retrouver.

Il voulait même m’apprendre à pêcher.

Et puis, l’été est arrivé, le soleil a desséché la clairière, le lit de la rivière s’est tari et mon ami a commencé à muer.

Sa belle robe est devenue sèche, elle le démangeait, il n’arrêtait pas de se gratter en allant se frotter au tronc des arbres.

J’ai bien essayé de le consoler, mais Zibo souffrait et rien n’y faisait.

Il s’est même mis à ne plus vouloir que je m’en approche et m’obligea à quitter cet endroit qui ne ressemblait plus qu’à un champ de chagrin.

Zibo devenait agressif et effrayant, il perdait de sa splendeur, l’été arrivait à sa fin.

Les écorces sur lesquelles il se soulageait, commençaient à se détacher, abîmant les uns après les autres les arbres et l’obligeant à s’enfoncer davantage dans les profondeurs hostiles de la  forêt, l’éloignant de la clairière.

Sa mauvaise humeur avait pris le dessus et les sons mélodieux avaient disparu.

J’y suis retournée à l’automne et aussi lorsque le tapis d’herbes se couvrit de blanc, mais Zibo était absent.

Alors, je me suis inquiétée pour lui et je suis allée jusqu’à sa grotte.

A peine avais-je fait quelques pas, qu’une forme gigantesque se dressa devant moi et que des griffes acérées me donnèrent un coup qui me blessa.

La cicatrice laissée sur mon cœur est profonde et me fait encore un peu souffrir.

Chaque jour, elle me rappelle que lorsque l’on rencontre un ours, qu’il ne faut pas se fier à son pelage, si celui-ci est mal léché il vaut mieux poursuivre son chemin et le laisser à sa nature qui est celle d’un vieux grincheux bien solitaire.

M.H. 

(* Ce texte reste de la fiction, toute ressemblance avec une personne existante ne serait que pure coïncidence).

 

 
 

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