MICHELE HARDENNE

Je suis une rêveuse et je vous invite à visiter un jardin imaginaire où les mots sont des fleurs qui poussent dans le champ de mes lubies.

 

Léon, le rat de bibliothèque 25 juin, 2012

Classé dans : CONTE — michelehardenne @ 10:47

Léon, le rat de bibliothèque dans CONTE rat10

Léon, le rat de bibliothèque

La famille s’était installée dans le bâtiment, il y a bien longtemps.

Léon se souvient de ses jeunes années, quand lui et ses frères couraient dans les rayonnages, et après avoir effrayé quelques visiteurs, se réfugiaient dans les coins les plus reculés, où la lumière avait du mal à passer.

Il aimait grimper sur les étagères les plus hautes.

Elles étaient très poussiéreuses, mais il pouvait avoir une vue d’ensemble des tables, qui à une époque étaient couvertes de livres et encyclopédies consultés par une jeunesse avide de connaissances.

A la mort de ses parents, pris au piège dans les caves, le reste de sa famille avait déménagé. Ses sœurs étaient parties pour l’opéra, ses frères vers les égouts de la ville, et ses cousins et cousines à la campagne.

Léon se plaisait dans cette bibliothèque et puis, il n’y était pas seul, il avait une amie, Mademoiselle Angèle !

Il se souvenait d’elle, alors qu’elle était une toute jeune fille.

Elle portait des lunettes avec des verres grossissants, et une fin d’après-midi, alors qu’elle remontait des livres de poésie du dix-neuvième siècle sur la plus haute des étagères,  leur regard s’était croisé.

On ignore lequel des deux fut le plus apeuré.

Elle avait failli glisser de l’échelle bancale, et lui, il s’était coincé la queue entre « Les chants de Maldoror » et « L’après-midi d’un faune ». Lautréamont et Mallarmé n’étaient pas parmi ses auteurs favoris, il avait eu beaucoup de mal à les digérer.

Léon adorait les livres, surtout ceux avec des couvertures en cuir et fines dorures.

Angèle avait bien essayé de le faire fuir, en le poursuivant avec du Maupassant et du Flaubert. Elle avait même presque réussi à l’assommer avec un roman plus volumineux de Victor Hugo.

L’agilité de Léon avait eu raison des ressources littéraires d’Angèle.

Un soir, alors qu’elle rangeait les derniers livres qui trainaient sur une table, et tout en faisant de la place dans une rangée, elle toucha une matière aussi douce que du velours.

L’étagère n’étant pas bien haute, elle monta sur un tabouret et aperçut une masse informe, inerte, toute recroquevillée.

Elle hésita à la déplacer, puis reconnut le rat qui la narguait depuis plusieurs mois.

La créature semblait en piteux état. Elle avait les yeux mi-clos et le ventre ballonné.

Angèle aperçut un Walter Scott, « Le lai du dernier ménestrel » dont le cœur avait été déchiqueté.

La bibliothécaire prit le coupable entre deux livres et le plaça sur une table de lecture.

Elle se rendit ensuite dans le rayonnage contenant les encyclopédies et traités de médecine.

Elle parcourut rapidement les quelques pages traitant de l’indigestion.

Souffrant elle-même de l’estomac, elle avait dans son sac un flacon de bicarbonate de sodium.

Léon gémissait sur la table, il se tordait de douleur.

Angèle dilua la poudre dans l’eau, prit son mouchoir, le trempa dans le verre et fit couler goutte à goutte le liquide dans la bouche du petit animal.

Leur regard se croisa à nouveau, mais il n’y avait plus de peur, juste un peu d’inquiétude dans celui d’Angèle, et de la gratitude dans celui de Léon.

Elle aménagea dans le tiroir de son bureau, un petit espace et l’y installa.

Le lendemain matin, Léon avait quitté sa couche de fortune.

En fin de journée, Angèle l’entendit chicoter. Elle avait gardé les restes de son repas de midi, et les déposa sur la plus haute des étagères, où elle savait qu’il résidait.

Léon se régala de pain de mie et de fromage.

Jour après jour, Angèle lui installait un petit plateau, contenant ce mets qu’il s’était mis à apprécier, tant et si bien qu’il s’était désintéressé des livres.

Il ne les rongeait plus. Il attendait que son amie ferme la grande porte et l’éclairage des lampes des tables, pour la rejoindre sur son bureau.

Pendant qu’elle lui faisait la lecture, Léon s’empiffrait de nourriture plus terrestre.

Pour se rapprocher d’elle, il s’installa sur les étagères des livres pour enfants. Il avait une préférence pour les contes des frères Grimm, même si le « Joueur de Flûte de Hamelin », lui avait donné des cauchemars.

A présent la bibliothèque est fermée, mais dans un petit appartement du centre-ville, un vieux rat fait la lecture à une dame âgée, dont les verres de lunettes grossissants ne sont  plus d’aucune utilité.

 

M.H.(Michèle Hardenne)

 

 

4 Commentaires

  1.  
    paulstendhal
    paulstendhal écrit:

    Bonjour Michèle,

    Ah, quand le rat de bibliothèque n’est pas celui que l’on croit !
    Merci pour cette jolie fable, qui nous emmène dans le monde de la littérature, et qui nous rappelle, ô combien, on a toujours besoin d’un plus petit que soi !
    Magnifique texte !

    Tendres bises.

    Paul Stendhal
    ****

    Bonjour Paul,

    la différence peut s’apprivoiser, et avec de la patience, on peut tout réussir !

    Bises
    ***

    Dernière publication sur Oaristys : Citation

  2.  
    canelle49
    canelle49 écrit:

    Bonjour Michèle,

    Un bien joli conte, comme je les aime, je retrouve mon âme d’enfant en te lisant !

    Gros bisous, Helene

    ***
    Bonjour Helene,

    un petit bain de jouvence, un retour dans l’enfance ou des histoires à raconter aux enfants, font du bien aux grands.

    Je n’ai jamais quitter ce monde de fées, de lutins, d’animaux « humains », d’émerveillement, …de lubies, et si j’avais plus de temps, je le consacrerais à raconter davantage de petits contes.

    Merci et gros bisous.

    ***

    Dernière publication sur air du temps : Un cri d'amour !

  3.  
    ALAIN
    ALAIN écrit:

    Une bien jolie histoire !!!
    ARSENE GRISALI

    ***
    Bonjour Alain-Arsène,

    Où il y a des hommes, il y a des rats !

    Bises et à bientôt.

    ****

  4.  
    FANETTE
    FANETTE écrit:

    Bonjour Michèle
    Alors je préfère que ce soit Angèle qui l’ai trouvé Léon parce que rat de bibliothèque ou pas il aurait passé un sale quart d’heure :lol:
    bonne journée à toi
    bisous

    ***
    Bonjour Fanette,

    rires, j’en ai croisé un, un jour, il venait du champ. Au début, j’ai cru que c’était un chaton. Quand j’ai vu sa longue queue, j’ai eu la frousse de ma vie. Et, quand il s’est mis à courir vers moi, j’ai juste eu le temps de grimper dans ma brouette. C’est qu’il était musclé ce rat !

    Bon lundi, bisous.

    ***

    Dernière publication sur FANETTE : lll

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