MICHELE HARDENNE

Je suis une rêveuse et je vous invite à visiter un jardin imaginaire où les mots sont des fleurs qui poussent dans le champ de mes lubies.

 

Perte de mémoire 28 juin, 2012

Classé dans : MOMENT DE VIE — michelehardenne @ 12:11

Perte de mémoire dans MOMENT DE VIE poches10

Perte de mémoire

 

Le soleil s’était levé avant lui, mais qu’importe, aujourd’hui, il pouvait faire une grasse matinée.

Il faisait un métier difficile, travaillait du début de l’après-midi jusqu’à la fin du jour.

Vivant seul, il redoutait le week-end, et les jours fériés, alors il se portait volontaire pour remplacer l’un ou l’autre de ses collègues qui devait s’absenter.

Mais dans le monde du travail, il y a des règles et des horaires à respecter, et puis, il y a ces satanés congés obligatoires.

Depuis quelques temps, il se sentait oppressé, il s’endormait difficilement, avait dû mal à récupérer de ses nuits blanches.

Finalement, les quatre jours de repos que son employeur lui avait proposés seraient les bienvenus.

Il se leva, et pour la première fois depuis bien longtemps, prit son petit-déjeuner en pyjama.

Tout en trempant son pain dans un grand bol de café, il organisa le planning de sa journée.

 Les carreaux et les rideaux avaient besoin d’être lavés, les poussières s’étaient accumulées sur le dessus de son mobilier, les draps du lit devaient être changés, et puis, il y avait le frigo et les armoires qui contenaient plus d’air que de nourriture.

Il prit un papier, un crayon et commenca à dresser une liste de ce qui lui manquait.

Il avait pour habitude de manger à la cantine sur son lieu de travail. Comme il rentrait à la tombée du jour, il n’avait plus besoin de cuisiner, il passait sous la douche et se mettait au lit. 

Au réveil, il déjeunait d’un café et de quelques cigarettes, se connectait sur la toile, lisait son courrier et puis se préparait pour se rendre à son travail.

Il prit une feuille et commença à faire sa liste de courses.

A part un kilo de riz , quelques sachets de thé, un fond de café moulu et deux paquets de pâtes, ses placards étaient désespérément vides.

Il alla s’habiller et décida de commencer la journée par un passage au supermarché.

Arrivé à la caisse, il contrôla sa liste d’achats et ne semblait n’avoir rien oublié, tout y était : dentifrice, papier toilette, bain douche, lait, sucre, pain de mie, viande, légumes, conserves, produits d’entretien, et il avait profité d’une offre promotionnelle pour se prendre quelques tee-shirts blancs.

Il étala tous ses achats sur le tapis roulant. La caissière, lui sourit poliment après lui avoir dit le montant à payer pour ses courses.

Il sortit sa carte de la poche de sa veste, l’introduisit dans le  terminal bancaire, tapa son code. Il retira sa carte, frotta la piste magnétique et la reglissa dans le lecteur.

Son visage devint pâle. La caissière ne souriait plus.

« Je ne comprend pas !» dit-il confus.

« Cela peut arriver, sans doute votre carte est-elle illisible par notre appareil ! », répondit-elle sèchement.

Il regarda son caddy, le mit sur le côté, et tout en s’excusant lui dit qu’il allait passer à sa banque, qui était à proximité, chercher du liquide.

La caissière, souleva les épaules, retira la souche et la mit  sur le dessus de sa machine.

Elle ne semblait nullement perturbée par ce client qui ne pouvait régler électroniquement ses achats.

Il courut jusqu’au distributeur de billets se trouvant à l’extérieur de la banque où il avait ses comptes.

 A peine eut-il introduit les quatre chiffres de son code que sa carte bancaire disparut de la fente dans laquelle elle s’était glissée.

Il entra dans l’agence , se mit dans une file, et repenssa à ses achats et aux produits surgelés dont il avait rempli son caddy.

Après un quart d’heure, ce fut son tour d’être entendu.

Une jeune femme derrière le comptoir, tapota ses coordonnées sur un clavier, puis l’invita à prendre place dans un bureau, celui du responsable de l’établissement.

Un homme de forte corpulence, le salua, se présenta et tout en tenant une carte bleue se mit à l’écouter.

Il introduisit à nouveau les coordonnées dans le système informatique.

Un solde débiteur avait eu raison du refus de toutes transactions et de l’utilisation de la carte de paiement.

Le directeur de banque lui signala que le compte était dans le rouge depuis plusieurs semaines, et que c’était en application d’une loi que l’on ne pouvait lui accordé de limite de dépassement.

Lui, il ne comprenait pas, son salaire avait dû lui être versé, et même avec toutes ses charges et factures mensuelles qui passaient par domiciliation, il devait être en positif.

Le banquier acquiesça que le salaire avait bien été payé, mais qu’il était insuffisant que pour honorer tous les paiements automatiques.

Il lui montra le chiffre positif apparaissant sur l’écran.

Il glissa de sa chaise, il y avait une erreur, son salaire était à peine du quart de ce qu’il aurait dû percevoir.

Le banquier glissa la carte bleue dans un tiroir du bureau.

Après avoir tendu une main moite au directeur, il quitta la banque, les larmes aux bords des yeux et une rage au cœur.

Rentré chez lui, il prit son téléphone et appela le secrétariat de son employeur.

Une douce voix lui répondit que le salaire versé correspondait bien aux barêmes appliqués et en fonction des jours qu’il avait prestés.

Sa rage ne pouvait plus se contenir, il ne voulait pas de cette voix mielleuse qui sur un air de « tout va très bien, Madame la Marquise », refusait d’admettre que les renseignements qu’elle lui avait donnés étaient erronés. Il demanda à parler directement à son employeur, mais celui-ci ne pouvait être dérangé, il était en réunion, il en était de même du comptable, de la directrice des ressources humaines nouvellement nommée.

Il lui était impossible de se faire entendre par une personne responsable dans son entreprise, les données s’affichant sur l’écran de l’ordinateur étaient les seules qui étaient prises en compte.

La machine n’avait pas digéré les heures qu’il avait faites à son travail, elle n’était même pas informée qu’il y était présent tous ces jours du mois, où il était à son poste de treize heures à vingt et une heure.

La machine l’avait oublié, radié, son nom avait été effacé la deuxième semaine du mois, et le super ordinateur ne se trompait jamais !

M.H.(Michèle Hardenne)

 

 

4 Commentaires

  1.  
    noiresouris
    noiresouris écrit:

    ,,,Comme-ci ,cet homme dont la vie semble si discrète ,que son existence finie par disparaitre ,,,
    beau texte
    :-)

    ***
    Bonsoir Noiresouris,

    La technologie au service de l’humanité, mais qui en cas de perte de mémoire efface l’humain !

    A bientôt.

    ***

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  2.  
    paulstendhal
    paulstendhal écrit:

    Bonsoir Michèle,

    Un texte qui nous fait prendre conscience de la lourdeur de la bureaucratie, et de sa non infaillibilité !
    Il est parfois des vies qui basculent, simplement parce que le système démontre l’absurdité et l’incohérence de la fonction humaine, qui seule, entretient le dit système !

    Merci Michèle de cette réflexion et de ce débat, que tu suscites, de par ce bien bel écrit.

    Tendres bises.

    Paul Stendhal

    ***
    Bonjour Paul,
    Les victimes d’erreur de leur identification dans les banques de données informatiques, ne se comptent plus. L’erreur même si elle est imputée à la technologie restera humaine !

    Bises.

    ***

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  3.  
    FANETTE
    FANETTE écrit:

    Coucou Michèle
    c’est une histoire qui me dit quelque chose ça :lol: il me semble l’avoir déjà entendue :lol:
    Bon l’ordi avait peut être lui aussi raison, :lol: , vas savoir
    bon après midi ensoleillé, chez nous pour le coup il fait trop chaud, c’est le comble ça hein !!!!!!!!
    bisous.

    ***
    Bonjour Fanette,

    Un ordi ça ne réfléchit pas, pas encore ! Il ne fait jamais que d’obéir aux ordres !
    Et, il ne fait pas dans le sentiment.

    Gros bisous et bonne journée.

    Ici, nous vivons le jour le plus chaud de l’année 25°c, mais le soleil nous a déjà quitté, et les orages commencent à arriver !

    ***

    Dernière publication sur FANETTE : lll

  4.  
    ALAIN
    ALAIN écrit:

    Une situation courante en informatique et c’est bien dommage parce ce que c’est toujours l’ordi qui a raison !!!
    ARSENE GRISALI

    ***

    Bonjour Alain,

    plaie d’argent n’est pas mortelle, sauf quand c’est une machine qui le gère et que tout le système dépend de cet outil !

    Bises et à bientôt.

    ***

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