MICHELE HARDENNE

Je suis une rêveuse et je vous invite à visiter un jardin imaginaire où les mots sont des fleurs qui poussent dans le champ de mes lubies.

 
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Salut Patron ! 1 août, 2012

Classé dans : MOMENT DE VIE — michelehardenne @ 11:13

Salut Patron ! dans MOMENT DE VIE cuisin10

Salut Patron !

Philippe se lève tous les jours à quatre heures du matin.

Il est sur les quais et attend le retour des bateaux. Pour le poisson, ce sont les premiers arrivés qui sont les premiers servis, et la qualité comme la fraîcheur n’attend pas le lever du soleil.

Ensuite, il se rend à la halle aux fruits et légumes, où les maraîchers le connaissent, et lui préparent  ses cageots, déjà commandés la veille, puis il finit sa tournée aux abattoirs, sans oublier de passer chez la fleuriste.

Cela fait plus de vingt ans qu’il a repris ce petit restaurant sur le port.

Il n’y a qu’une quinzaine de tables, et son établissement a mérité ses étoiles.

En cette période de vacances estivales, le petit port de plaisance ne désemplit pas de touristes.

Philippe travaille aux cuisines, où il se fait aider par un apprenti, et un homme pour la plonge.

Son ami et associé Jacky s’occupe de la partie administrative, de l’accueil à la clientèle et du service au comptoir. Il prend les fiches de commande, les transmet à Philippe et tient la « caisse ».

Pour les autres services du restaurant, ils font appel à des saisonniers.

Marco vient d’une grande ville, il fait des études universitaires, et c’est la troisième année qu’il se présente au restaurant pour le service en salle.

Philippe aime la façon dont il plie les serviettes, et son goût certain pour décorer chaque table de petites fleurs qu’il met dans les mini-vases. Il veille à ce que les salières soient remplies, change les bougies dans les photophores. Les clients l’apprécient. Il a toujours un joli sourire et un petit mot gentil à leur attention.

Marinette, elle est du pays. Elle s’était présentée, au début de la semaine passée. Elle avait besoin d’un travail, et avait été envoyée par une agence de placement. Cette jeune femme, d’à peine vingt-cinq ans, avait impressionné Philippe par son « curriculum vitae », qui présentait une liste d’établissements très réputés.

Durant toute la semaine, Philippe de sa cuisine l’avait observée.

Elle avait un visage angélique, et les vêtements noirs qu’elle portait, mettant sa silhouette en valeur, laissaient apparaître des formes généreuses. Marinette était jolie, et elle aimait que les clients la complimentent.

Ce vendredi, toutes les tables étaient occupées.

-         Mademoiselle, pourrions-nous avoir du pain ? réclama un client, qui venait de croiser son regard.

-         Mademoiselle, n’auriez-vous pas du sel ? demanda un autre, qui venait de lever la main.

Pendant que Marco servait à l’intérieur, Marinette travaillait en terrasse.

Les températures de ce début de soirée frôlaient encore les vingt-huit degrés.

Philippe, aidé de son apprenti, n’avait pas quitté la cuisine, dont un passe-plat lui permettait d’apercevoir sa clientèle et d’être vu par elle.

C’est alors, qu’il entendit Marinette en discussion avec des clients.

-         Mademoiselle, je vous avais précisé que la pièce de bœuf, je la voulais bien cuite et…

-         Une seconde, Madame, vous voyez bien que je suis occupée ! lui rétorqua-t-elle sèchement.

-         Mademoiselle, cela fait déjà dix minutes que nous vous avons réclamé l’addition ! lui dit un autre client.

-         Elle arrive, Monsieur ! répondit-elle sans même le regarder.

-         Nous avions commandé le plateau de fruits de mer ! lui signala l’homme à qui elle remettait une assiette contenant du magret aux figues.

Elle regarda sur le carnet où elle prenait les commandes, et avait omis de noter le numéro de table du menu « magret ».

Elle bouscula Marco qui tenait une bouteille de rosé et jeta les assiettes garnies sur le plan du passe-plat.

-         Je finis de débarrasser la quatre et je viens te donner un coup de main, lui dit Marco, dont un jovial sourire n’avait pas quitté son visage.

-         Rapporte-moi le bœuf, je vais le repasser à la poêle, c’est une habituée, si j’avais su que c’était pour la treize, je l’aurais cuit comme elle l’aime ! lui souffla Philippe.

Marinette haussa les épaule, puis retourna près de la cliente. La dame d’un certain âge avait mangé les morilles, et n’avait laissé que le morceau de viande.

-         Le patron va vous le recuire, vous ne voulez pas qu’on vous le passe à la moulinette, tant qu’on y est !

-         Je voudrais voir Monsieur Philippe !

Philippe n’avait pas attendu que Marinette vienne le trouver, il avait préparé une nouvelle assiette pour cette cliente, qui fréquentait assidûment le restaurant depuis des années.

En été, tous les vendredis, quand le temps le permettait, elle occupait la table treize, qui était située à quelques mètres du bord de l’eau, et prenait le médaillon de bœuf aux morilles et marsala, une spécialité de la maison. Vêtu d’un pantalon pied de poule, d’une veste en épais coton et coiffé de sa toque immaculée, il salua la clientèle, se fit féliciter pour ses préparations culinaires, et alla s’asseoir auprès de la vieille dame.

-         Bonjour Marie, belle soirée n’est-ce pas ? Tenez, comme vous l’aimez et ce soir, vous êtes mon invitée !

-         Merci Philippe ! Qu’est donc devenue la jeune fille avec de longs cheveux blonds ? Elle était très sympathique !

-         Mathilde a rencontré son prince charmant, elle nous a quittés pour s’installer dans le nord et reprendre une taverne. Dans notre métier, le personnel, ça va, ça vient !

-         Vous comprenez mon ami, pourquoi je vous ai revendu cet établissement. Mon défunt mari, travaillait si durement en cuisine. J’étais son second amour, et nous n’avons pas vu les dernières quarante années passer. A l’époque, avec le personnel nous formions une grande famille !

La soirée était bien avancée, le port se vidait petit à petit de ses touristes de passage, les enseignes s’éteignaient les unes après les autres. Philippe savourait cet instant de fin de journée, un cognac dans une main, un havane dans l’autre, et Marie, en face de lui, buvant délicatement un thé vert au jasmin tout en faisant revivre les étoiles du passé dans ses yeux azurés.

-         Je vous dois tout, à tous les deux ! Je me rappelle quand j’étais apprenti, le nombre de fois qu’il m’a fait refaire sa fameuse sauce aux truffes… Où vas-tu Marinette ?

-         Salut Patron, Jacky vient de me verser mon salaire de la semaine. Avec la chaleur qu’il fait, je n’en peux plus !

-         Mais, il reste encore des tables à servir et à débarrasser !

-         Marco s’en chargera ! Vous dans votre cuisine, vous ne vous rendez pas compte du service que nous devons assurer et pour ce que l’on gagne, je préfère me trouver un autre travail !

Marie regarda la jeune femme, et pour la première fois de la soirée elle fit à Marinette un sourire.

Philippe leva son verre, et lui souhaita une bonne soirée.

-         Et oui, Marie, on formait une belle famille !

 

M.H. (Michèle Hardenne)

* Texte écrit pour rendre hommage à ces hommes qui ont fait de leur passion un métier. Pour vous Jaques et Philippe, et mes deux frères qui sont dans l’hôtellerie, Serge et Jean-Yves.

 

 
 

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