MICHELE HARDENNE

Je suis une rêveuse et je vous invite à visiter un jardin imaginaire où les mots sont des fleurs qui poussent dans le champ de mes lubies.

 

Un jouet de Saint-Nicolas 5 décembre, 2012

Classé dans : CONTE — michelehardenne @ 7:00

Un jouet de Saint-Nicolas dans CONTE camion10

Un jouet de Saint-Nicolas

-       Dis Mamy, Maman elle va revenir bientôt ?

-       Ne t’inquiète pas Éric, elle est juste partie faire quelques courses ! Elle sera là dans cinq minutes.

-       Tu me l’as déjà dit, avant que je ne mange la soupe !

Gilberte avait recueilli sa fille et son petit-fils.

Hélène, après son divorce, s’était installée dans un appartement , proche de l’école de son petit garçon.

Après avoir perdu son travail d’ouvrière à l’usine, les allocations qu’elle percevait ne suffisaient plus à payer les factures, elle avait revendu sa voiture, puis ses meubles, et depuis trois mois habitait chez sa mère.

Éric allait avoir 7 ans, la semaine prochaine.

Ce début d’après-midi, Hélène s’était présentée dans une agence d’intérimaires, qui recherchait une technicienne de surface pour un travail de nuit dans des bureaux. Elle avait été convoquée pour un entretien d’embauche.

Elle avait téléphoné pour annoncer fièrement à sa mère, qu’elle commencerait son nouveau travail dès lundi.

Elle lui demanda de reprendre Éric, dès la sortie de la classe à 15 h 30, qu’elle irait faire quelques achats avant de rentrer.

Il allait être 18 h et Gilberte commençait à s’inquiéter.

Elle avait laissé quelques messages sur le portable de sa fille, mais sans aucune réponse.

Éric avait sorti son plumier de son cartable et assis sur une chaise rehaussée de deux coussins, il allait se mettre à faire ses devoirs.

-       Mamy, il commence à faire noir, elle est où ma maman ?

-      Ne t’inquiète pas mon bouchon, elle a probablement raté son bus, et puis avec les fêtes qui approchent, il doit certainement y avoir beaucoup de monde dans les magasins.

Gilberte avait installé sa chaise devant la fenêtre de la cuisine qui donnait sur l’entrée de l’immeuble.

La pluie avait fait place à de petits flocons qui tombaient en tourbillonnant et qui tapissaient les trottoirs et la chaussée les rendant glissants. Elle guettait l’arrêt de bus qui était à une trentaine de mètres de l’immeuble. Dès qu’elle apercevrait Hélène, elle enfilerait son manteau et irait l’aider à porter ses paniers.

Les infos passaient à la télé et Éric avait depuis longtemps refermé ses cahiers. Il s’était assoupi dans le canapé.

Gilberte le recouvrit d’une épaisse couverture et rapprocha de son petit-fils l’unique radiateur à bain d’huile qui chauffait la pièce. Elle attendait le versement de sa retraite pour faire mettre un peu de mazout dans la citerne du chauffage central.

La petite aiguille de la pendule du salon allait se poser sur le 9.

La dame âgée regagna son poste d’observation, la neige avait recouvert tous les pas des gens qui quittaient ou revenaient dans l’immeuble. Elle laissa deux nouveaux messages sur le répondeur du portable de sa fille puis elle se décida à appeler la police.

Après plusieurs minutes d’attente, le Central lui conseilla d’appeler les hôpitaux. Gilberte lui signala qu’elle n’avait pas de bottin téléphonique, qu’elle gardait son petit-fils et qu’il lui était impossible de faire appel à un voisin. La voix masculine qui était au bout du fil prit ses coordonnées et lui promit de la rappeler.

Une demi-heure plus tard, Gilberte apprenait qu’Hélène avait été transportée aux urgences d’un hôpital.

Elle porta sa main à sa poitrine, sa respiration devenait difficile, des perles de sueurs couvraient son front.

-       Madame, vous allez bien ? insista l’homme.

Gilberte regardait son petit bonhomme qui s’était relevé et qui criait :

-       Mamy, tu ne vas pas mourir ! C’est Maman au téléphone ?

La grand-mère laissa glisser l’appareil de sa main et s’allongea sur le sol.

Éric prit un torchon de vaisselle, le rinça sous l’eau froide du robinet et le passa doucement sur le visage de la vieille dame, tout en lui tenant la main. Gilberte était pâle, on frappa à la porte. Éric, pensant qu’il s’agissait de sa maman, courut ouvrir.

-       Bonjour mon garçon, nous avons reçu un appel et…

Le pompier aperçut Gilberte sur le sol froid de la cuisine, il appela le médecin qui l’accompagnait.

-       Madame a fait un malaise, aidez-moi à l’installer dans le fauteuil.

Après quelques minutes, le visage de Gilberte reprit des couleurs. Éric était resté dans la cuisine avec un infirmier. Il regardait par la fenêtre les véhicules avec leur lampe rouge clignotante. Soudain, une voiture avec une lumière bleue sur le toit, se gara juste à l’entrée de l’immeuble. Éric vit en sortir sa maman, accompagnée par deux policiers. Elle avait le bras plâtré.

Tous les voisins étaient à leur fenêtre, sur leur balcon ou sur le palier. Hélène tête baissée traversait le couloir sans même oser les regarder.

Les yeux rougis, elle entra dans l’appartement et prit son petit garçon dans les bras.

-       Tu pleures parce que tu as mal?

-      Mon chéri, j’ai fait une grosse bêtise et je suis bien punie ! Va dans ta chambre, je vais venir t’y rejoindre.

Elle l’embrassa, Éric obéit.

Après avoir ausculté Gilberte, le médecin invita les pompiers à quitter l’appartement, signalant qu’elle était hors de danger. Dans la cuisine, Hélène assise à une table signait des documents que lui avait remis un des policiers.

Elle reconnaissait avoir enfoui sous son manteau, un camion de pompier qu’elle avait dérobé dans le rayon jouets du grand magasin. Elle avait été repérée par un des vigiles qui l’avait poursuivie dans le parking de la grande surface commerciale. Elle avait glissé sur le béton couvert de fine glace et s’était fracturé le poignet. Elle s’engageait à rembourser le jouet qui s’était cassé lors de sa chute.

-       Que va-t-il se passer maintenant ? demanda-t-elle au policier.

-      Il se peut que le magasin retire sa plainte, ou qu’il vous réclame de plus lourdes indemnités.

-      Mon fils aura 7 ans dans quelques jours et je ne pouvais pas lui offrir ce camion, il en avait fait la demande dans la lettre à Saint-Nicolas que j’ai déposé dans une urne, au magasin !

Les policiers quittèrent l’appartement.

Hélène calée sur la chaise de la cuisine se laissa aller à sangloter. Gilberte était venue la rejoindre, elle avait entendu le policier lire la déposition.

-       Je suis désolée, j’ai si honte d’en être arrivée là !

-       Tu as été suffisamment punie et pour le petit je suis sûre que sa lettre sera lue.

Quelques jours passèrent, Gilberte retira de la boîte aux lettres, un courrier adressé à Hélène. Il provenait de la police et lui signalait que la plainte avait été retirée et que les poursuites avaient été abandonnées du fait qu’il s’agissait d’une première infraction.

Une autre lettre était adressée à Éric, il était invité par le Directeur du magasin à se présenter le 6 décembre, jour de son anniversaire, pour recevoir du Grand Saint-Nicolas, le cadeau qui lui était réservé.

 

M.H. (Hardenne)

05/12/2012

 

8 Commentaires

  1.  
    manu
    manu écrit:

    Hello ! Ma belle (comme le dit la chanson : « Michèle [...] Ma belle », je vais le lire « un jouet de la saint nicolas » !
    J’suis un peu joueur, voilà tout, mais j’adoooorrre quand tu nous fais une promesse. Mais dis-moi, j’ai cru comprendre que tu avais une fille de 20 ans, je ne t’imaginais pas ainsi :) « Me tromp-je ? » Un coeur plutôt jeune transparaissait au travers de tes écrits. C’est bien, oui c’est bien, tu transmets des ondes des jeune-femmes de 20 ans ! Encore quadra, j’ai moi-même une princesse de 26 balais et un prince de 15 automnes. Je suis donc un peu un roi du pétrole ! Rires
    Le cyclope à la pupille de quadra va maintenant décrypter ton doux parchemin :) Manu

    ***
    Bonjour Manu,

    et oui je suis maman d’un garçon de 20 ans, la pupille de mes iris ! Rires.

    Quand on est « rêveuse » on ne connait pas le temps perdu, parce qu’il n’existe que chez celui ou celle qui le conte mais seulement chez ceux qui le comptent et le décomptent !

    Bonne lecture, Manu !

    ***

  2.  
    manu
    manu écrit:

    Bonsoir Michèle. Tu peux toujours envoyer ton texte, qui, je suis sûr, ne manque pas d’intérêt, sur mon playmo-fax (05.12.12); de façon à ce que je respire ensuite tes mots, assis dans mon fauteuil ! :)
    nul n’a le moindre soupçon sur ta soif d’écrire, à un degré identique quant à la mienne pour te lire. Je prends en effet la peine d’ouvrir les narines pour, la plupart du temps, humer les parfums de ta phraséologie :) …. Liberté d’écrire, liberté de lire, quel monde merveilleux, à l’approche de noël où presque tout est permis !
    A bientôt Manu

    ****
    Bonjour Manu,

    Mes textes sont sur d’autres blogs, où il est possible de les imprimer, ou d’agrandir la fenêtre de lecture, il suffit de taper sur un moteur de recherche « michele hardenne » pour y accéder.
    Certains « contes et fables » pourraient également faire l’objet d’un recueil. Lorsque je me déciderais à le faire éditer, je te promets que le caractère sera suffisamment grand que pour être …respiré ! rires.

    A bientôt.

    ***

  3.  
    manu
    manu écrit:

    Texte un peu long pour moi, je l’admets,
    J’ai les yeux qui se déglinguent, quand
    je fais du ciblage sur le clair écran.
    De la mimi-playmo-photo je me contenterai !

    Manu

    ***
    Bonjour Manu,

    si j’ai crée ce blog c’est d’abord parce que j’aime écrire ! Rires.

    A bientôt.

    ***

  4.  
    Plumes de Corbeau * Stephane *
    Plumes de Corbeau * Stephane * écrit:

    Bravo Michèle !!!! Cibler et précis dans le thème, les descriptions et les sentiments évoqués.
    Le miracle de noël en guise de clôture :)
    Encore Bravo :D

    ***
    Bonsoir Stéphane,

    Il faut laisser aux enfants leur rêves, mais pour eux rien n’est plus important que d’être entouré ceux qu’ils aiment.

    Merci à toi de me lire.

    ***

    Dernière publication sur  : DEMANDE DE FERMETURE DEFINITIVE DE CE BLOG

  5.  
    delia
    delia écrit:

    une belle triste histoire.
    elle nous dit qu’on manque , a priori davantage d’humanité,mais que le monde est bien meilleur de ce que l’on croit…..

    ***
    Bonjour Delia, merci de votre visite !
    La solidarité, n’est pas une mode, elle est le rappel que dans nos sociétés il y a des personnes qui sont dans une telle précarité, qu’il faut les assister, leur fournir un « minimum » pour qu’elles puissent garder leur dignité, et surtout qu’elles et leur famille restent unies dans la difficulté « matérielle ».
    En cette période de festivités, de vitrines et d’étalages enluminés, nombreuses sont les personnes qui le vivent mal surtout pour leurs enfants, et qui ne réalisent pas toujours les conséquences de leurs actes « désespérés ».
    Saint-Nicolas récompensent les enfants sages, c’est le patron des écoliers…tous les enfants doivent être scolarisés, alors tous ont le droit d’être gâtés !

    A bientôt.

    ***

  6.  
    ALAIN
    ALAIN écrit:

    Vraiment une très belle histoire !!!
    ARSENE GRISALI

    ***
    Bonjour Alain,

    en cette période de fêtes et d’envies, la tentation est forte de faire basculer sa vie.
    Un enfant est sollicité par la télé, par les publicité,… et rêve de trouver au pied de son lit, ce cadeau extraordinaire apporté par un vieux monsieur en robe rouge et barbe blanche.
    Son vœu peut-être en partie réalisé, il suffit aux parents qui sont déjà dans des difficultés de frapper à la bonne porte, et ils en seront récompensés à leur tour par le plus beau des cadeaux : le sourire et le cri venant du petit cœur « merci Saint-Nicolas » !

    Gros bisous et à bientôt.

    ***

  7.  
    canelle49
    canelle49 écrit:

    Bonjour Michèle,

    très émouvant cette histoire qui doit être de moins en moins rare de nos jours. La crise frappe bien plus fort les faibles. Dans les grandes villes, en Suisse, il y a ce qu’on appelle la hotte du père Noël qui n’attend que les jouets de tous les enfants gâtés et qui font le geste de déposer les jouets dont il ne veulent plus.

    Gros bisous, Helene

    ***
    Bonjour Helene,

    des statistiques démontrent que les grandes surfaces ont une perte de chiffre d’affaires importantes en ce mois de décembre suite à des vols qui sont en hausse. Les grands magasins et galeries commerciales engagent des « vigiles » supplémentaires. Le malheur des uns, fait le bonheur des autres, surtout celui qui peut trouver un emploi en cette fin d’année !

    Nous avons aussi sur les grands places des villes, des chapiteaux où l’on peut trouver des ‘hottes du père Noël » avec un accueil très convivial, où munis comme démunis retrouvent le sourire !

    Gros bisous et à bientôt.

    ***

    Dernière publication sur air du temps : Un cri d'amour !

  8.  
    FANETTE
    FANETTE écrit:

    Bonjour Michèle
    Ha bin c’est malin tu me fais pleurer avec ce texte qui respire tant la réalité.

    Grande maline cette maman, mais on peut le comprendre aussi, enfin total bénéfice net, elle se retrouve avec une notification en justice (même si elle n’est pas poursuivie) un plâtre et re belote sans boulot..
    rhaaaaaaaaaaaa la la et, tout compte fait, le petit Eric aura eu son cadeau quand même quel gâchis !!!!!!!!!!!
    bonne journée
    Bisous

    ***
    Bonjour Fanette,

    En cette période de Fête, la surveillance des vigiles est redoublée dans les magasins, certains « inspecteurs » se promènent en « civil » dans les rayons cd, vidéos, jouets.
    Que ne ferait-on pour un enfant ?
    Pour les personnes en difficultés, des jouets en bon état, peuvent être retirés auprès d’associations qui s’occupent d’en récolter, et certains centres publics d’aide sociale, organise une Fête de Saint-Nicolas pour les enfants, il suffit d’y inscrire son enfant, et comme tous les autres, il aura l’occasion de recevoir du Grand Saint, un jouet parmi des milliers.
    Nos enfants sont les premières victimes de cette crise !

    Gros bisous et c’est le moment de déposer des jouets, encore en bon état, et surtout s’ils fonctionnent avec des piles, pensez à en mettre de nouvelles!

    ****

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