MICHELE HARDENNE

Je suis une rêveuse et je vous invite à visiter un jardin imaginaire où les mots sont des fleurs qui poussent dans le champ de mes lubies.

 
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Le monstre au placard ! 30 mai, 2013

Classé dans : CONTE — michelehardenne @ 13:07

Le monstre au placard ! dans CONTE vieux-10

Le monstre au placard.

 

Mélanie avait du mal à s’endormir.

Tous les livres qui étaient rangés dans le placard de sa chambre, elle les avait déjà  lus et relus.

Cela faisait plusieurs années qu’elle les avait reçus,  et maintenant ces lectures ne la transportaient plus dans ses rêves, ils convenaient mieux à une petite fille.

Mélanie venait d’avoir treize ans et les aventures de lutins, les histoires de princesse et de marraines fées ne l’intéressaient plus.

Elle aurait aimé avoir ce livre, dont toutes les copines de classe n’arrêtaient pas de parler : un beau et jeune vampire amoureux d’une adolescente,  qui comme elle vivait avec son père loin de la grande ville.

Son père lui avait promis qu’elle pourrait renouveler toute sa bibliothèque, lors de la foire aux livres d’occasion, qui aurait lieu dans le quartier, mais elle devait encore attendre deux mois.

Mélanie ouvrit la porte du placard, prit un carton et se mit à y glisser une à une les histoires qu’elle connaissait par cœur.

Elle utilisa la première étagère pour y ranger quelques affaires qui trainaient sur la table qui lui servait de bureau, puis retira une valise de dessous son lit, pour en ôter des vêtements qui n’avaient pas encore trouvé leur place dans la petite chambre que son père lui avait aménagée.

Sous la pile de linge, elle découvrit un livre à la couverture craquelée et aux pages jaunies. Elle se souvenait qu’elle l’avait emprunté à la bibliothèque de son ancienne école et qu’elle avait oublié de le restituer. Maintenant qu’elle avait déménagé, le livre ne lui serait plus réclamé.

Elle se glissa sous les draps et avec précaution ouvrit le précieux carnet.  L’édition était ancienne et le contenu était principalement composé de  poésie.

Elle lut le premier texte et se mit à sourire. C’était la première fois, qu’elle s’intéressait à ce genre littéraire.

Le poème était écrit avec de jolies rimes et auraient pu être chantées.  Son auteur contait sa rencontre avec une belle et jeune demoiselle,  les mots se voulaient tendres, simples, comme le sont les premières amours.

Bien que le langage fût d’époque, Mélanie  se plaisait à imaginer le poète déclarant sa flamme sous le balcon d’une jouvencelle.

Elle referma le livre et le glissa sous sa taie d’oreiller.

Elle ferma les yeux, puis entendit une douce voix, celle d’un homme. Elle se voyait sur le bord de la fenêtre, au premier étage de la maison, lui agenouillé au pied  du chèvrefeuille qui couvrait une partie de la façade.  Elle ne distinguait pas son visage, mais elle le voyait tenir le recueil de poésie qu’elle avait commencé à lire.

Sa voix était mélodieuse et  sa diction impeccable. Il  parlait en vers, à voix haute en soulignant éloquemment le sens par l’intonation. Il s’adressait à elle et lui chantait l’amour.

Le printemps se terminait et la foire aux livres venait de s’installer sur la place du village.

Mélanie y passa une grande partie d’un après-midi et son père la laissa remplir un cabas d’autant de volumes qu’il put en contenir. Chez un des marchands, elle trouva les deux premiers tomes de la série tant appréciées par ses camarades d’école.

Rentrée à la maison, Elle fila dans sa chambre, rangea huit livres sur la plus haute étagère de son placard et déposa un neuvième sur  son bureau.

Elle se mit au lit rapidement, redressa son oreiller, dirigea la petite lampe posée sur la table de nuit vers la tête du lit et se mit à lire le roman tant espéré jusqu’à ce que ses paupières se fassent lourdes.

Elle s’imaginait dans une clairière, où le soleil se déposait sur le corps d’un jeune homme à peine plus âgé qu’elle, dévoilant ainsi sa nature extraordinaire. Il l’effrayait mais l’attirait. Elle s’était rapprochée de lui lorsqu’une voix se mit à lui chanter une ballade.

Son oreiller s’agita, elle se réveilla. Elle glissa sa main sous la taie et se fit mordre par le livre qui y était glissé.

En le retirant, il se mit à l’insulter, se moqua d’elle, la voix n’était plus celle d’un poète romantique. Les mots  qui s’en échappaient, étaient acerbes, lui reprochant d’être délaissés pour une lecture fantastique qui n’avait rien de poétique. Le livre devenait odieux !

Elle avait beau lui dire, qu’elle l’avait lu et qu’elle le connaissait, qu’elle l’avait apprécié de l’hiver au printemps, mais qu’elle voulait découvrir d’autres histoires, voyager vers d’autres mondes, et le livre se mit à hurler plus fort qu’elle.

Elle le ferma et l’envoya au fond du placard, où les maux du poète n’eurent plus pour compagnie que ceux de princesses qui furent heureuses et eurent beaucoup d’enfants !

 

M.H. (Michèle Hardenne)

 

30/05/2013

 

 
 

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