MICHELE HARDENNE

Je suis une rêveuse et je vous invite à visiter un jardin imaginaire où les mots sont des fleurs qui poussent dans le champ de mes lubies.

 

Bernard le roi du Tag 25 janvier, 2013

Classé dans : CE QUE J'AIME CHEZ VOUS,CONTE — michelehardenne @ 7:00

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Merci à Noiresouris pour son talent d’illustratrice, allez visiter son blog  

http://noiresouris.unblog.fr/

Bernard le roi du Tag.

Cette nuit-là, le vent de janvier s’était mis à souffler sur la ville.

La neige avait recouvert toutes les bouches d’égouts, et l’eau des rigoles longeant les trottoirs s’était transformée en une couche de glace épaisse.

Au petit matin, les rats qui vivaient dans des galeries urbaines étaient pris au piège.

Impossible pour eux de se glisser hors de leur nid et d’aller se ravitailler dans les poubelles débordantes des restes de nourriture de fêtes, qui se trouvaient placées devant les immeubles en ce jour de ramassage des ordures.

Sura, une petite souris, regardait les pas des passants par le soupirail de la cave d’un immeuble.

Elle attendait son ami Gaspard, un escargot qui occupait une jardinière d’intérieure posée dans le hall d’entrée de la grande maison de ville.

Après avoir passé la nuit, recroquevillé dans sa coquille, Gaspard avait pour habitude de faire une promenade matinale qui l’occupait une bonne partie de la journée.

D’abord, il se glissait hors de la jardinière qui ne contenait que les tiges sèches de ce qui fut un géranium, ensuite il parcourait une cinquantaine de centimètres pour arriver au pied de la grosse porte d’entrée en chêne, il devait en grimper encore une trentaine pour parvenir dans l’ouverture qui permettait de faire passer le courrier. La plaque métallique bouchant la fente de la boîte aux lettres oscillait facilement, Garpard n’avait plus qu’à rentrer dans sa coquille et se laisser rouler jusqu’au seuil, pour finalement atterrir sur un épais paillasson.

Sura savait qu’il sortait en entendant le cliquetis du battant métallique.

Gaspard arriva enfin jusqu’à l’entrée du soupirail. Sura se mit à rire lorsqu’elle le vit emmitouflé dans une écharpe verte ne laissant apparaître que ses yeux au bout de ses cornes, la moitié de son corps de limaçon restant bien au chaud au fond de sa coquille.

Il invita son amie à faire quelques glissades dans la rigole, puis ils décidèrent de faire un rat de neige.

Sura avait réussi à faire une énorme boule en ramassant  la neige le long d’un avaloir. Elle avait également trouvé un morceau de plastique rouge qui bouchait l’entrée de l’égout et qui ferait sûrement un joli sourire au rongeur de glace.

-     Ce n’est pas trop tôt ! lui dit une voix caverneuse, en laissant passer son museau hors de la grille.

Sura fit un bond en arrière en apercevant les griffes d’un rat qui dégageait la neige obstruant le trou.

-     Merci, mademoiselle, sans votre aide j’aurais fini comme ce rat ! dit-il en frottant son pelage gris et en montrant la forme faite de neige.

-     Je m’appelle Bernard et je suis un artiste d’égouts. L’art ne nourrit pas son rat, mais les poubelles de ce quartier sont les plus ragoutantes. Toutes les autres issues sont bloquées par le gel et la glace. C’est en exécutant une œuvre dans cette partie du sous-sol, que je vous ai entendus, vous et votre ami. En ôtant le morceau de plastique, j’ai senti l’air frais de la rue me picoter le museau. Vous m’avez sauvé la vie. J’aimerais vous inviter à partager mon repas et ainsi vous visiterez ma galerie !

Bernard leur demanda de les attendre, le temps qu’il aille faire le plein de provisions dans la poubelle se trouvant près du soupirail.

Les bras chargés de reste de laitue, de pelures de pommes de terre, de croûte de pain, il demanda à ses deux amis de le suivre.

Tous se glissèrent dans l’avaloir.

La lumière filtrée par la grille dégagée de neige éclairait  une salle dont les murs de briques étaient recouverts de dessins, représentant des rats musiciens, d’autres jongleurs, des petits rats danseurs et même des dresseurs de chats.

Pendant que Sura et Gaspard goûtaient au repas apporté par leur hôte, celui-ci se proposa de les croquer.

Sur un des murs gris, il dessina une maison avec deux fenêtres grandes ouvertes par lesquelles Sura et Gaspard se saluaient.

La lumière naturelle qui avait éclairé la petite salle fut remplacée par celle d’un lampadaire, provenant de la rue.

Les rires des trois amis alertèrent d’autres rats.

Ceux-ci profitèrent de l’ouverture du passage pour partir en quête de nourriture.

La nuit était tombée, Bernard en profita pour improviser un vernissage où il convia ses voisins rats et leur présenta ses nouveaux amis, un escargot et une souris.

Une nuit de janvier, sous un trottoir, alors que la neige tombait, dans un égout, une fête y était donnée.

 

M.H. (Michèle Hardenne)

25/01/2013

 

 
 

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