MICHELE HARDENNE

Je suis une rêveuse et je vous invite à visiter un jardin imaginaire où les mots sont des fleurs qui poussent dans le champ de mes lubies.

 

Les lignes du destin (première partie). 10 janvier, 2011

Classé dans : LES LIGNES DU DESTIN,RECITS - EXTRAITS — michelehardenne @ 13:00

xy682b8u.jpg

Les lignes du destin.

S’il suffisait d’un signe ou d’une ligne tracée au creux de la main gauche pour connaître notre destinée.

Après avoir réalisé un dessin au fusain, je regardais mes mains noircies par la mine de charbon et soudain me revient en mémoire ces deux femmes que j’avais croisées dans une petite rue de Paris.

Elles avaient toutes les deux la cinquantaine, l’une était blonde et l’autre avait des cheveux d’ébène qui dépassaient d’un foulard en soie noir. Elles prétendaient venir de Compostelle.

Très souriantes, elles m’abordèrent.

Celle, aux longs cheveux noirs, me prit les deux mains et me regarda dans les yeux.

Il faisait très froid, je portais des gants.

Elle m’attira vers le porche d’une ancienne bâtisse.

-« Je ne suis pas intéressée » lui dis-je poliment.

- « j’ai croisé ton regard et j’ai besoin de te parler, je ne te demande rien, si tu veux me donner quelque chose, ce ne sera pas pour moi, mais pour nos enfants ».

Sa voix avait un accent prononcé du Sud et tout comme son regard, ils étaient doux.

La femme blonde me fit un sourire et me dit : « écoute Magda, elle sait des choses sur toi, pour toi ! ».

J’étais en balade, qu’avais-je à y perdre.

Mes mains toujours serrées dans celles de Magda, je la regardais, mais je ne peux me l’expliquer, je n’avais plus envie de sourire.

Ses yeux gris, presque translucides, ne quittaient pas les miens.

Ses pupilles rejoignaient les miennes.

Après quelques secondes, elle me dit : « je vois la paix revenir dans ton cœur, tu trouveras cet homme et ton fils l’acceptera… ».

Je ne lui avais encore rien dit, ni mon prénom, ni rien de ma vie ou de ma famille.

- « Tu n’es pas d’ici, tu quitteras ton pays, tu vas vivre tes rêves…donne-moi ta main ! ».

Cela se voyait-il donc que je ne vivais pas en France, que j’étais une touriste, juste une personne de passage…Pourtant dans la foule, j’étais invisible.

Je m’exécutais sans davantage me poser de questions.

La rue était animée, les gens passaient sans nous  voir. J’étais prête à retirer mon gant…

- « Donne-moi l’autre main, celle du cœur » me dit-elle en souriant.

La femme aux cheveux blonds s’était mise un peu à l’écart et d’un hochement de tête m’invitait de me mettre en confiance.

Je lui tendis la main gauche qui ne portait aucun bijou, ni montre, ni bagues.

Elle glissa sa main droite sous la mienne et de son autre main me frotta la paume, puis elle ferma les yeux.

- « Ta santé va aller de mieux en mieux, tes nuits vont redevenir belles et tes matins vont retrouver le sourire ».

Je l’écoutais, un petit rictus se dessinait sur mon visage.

Elle prit son index et toucha une de mes fossettes, puis me fit un signe sur le front.

Ensuite, elle se pencha sur ma main et de son long doigt dessina des lignes imaginaires.

De temps à autre, elle relevait la tête.

Pendant qu’elle analysait les rides au creux de ma main, je regardais les passants qui tête baissée, couraient dans tous les sens.

Les yeux de Magda rencontrèrent à nouveau les miens. Ils étaient à la fois tendres et rieurs, puis en prenant ma main entre les siennes me dit :

- « Tu ne t’es pas trompée de vie, ce que tu sais te rend forte, tu as eu une grave maladie mais maintenant le soleil est entré en toi…tu vas enfin être vue telle que tu es et … ».

Elle avait dit trop de mots qui m’interpellaient : santé- matin –nuit – maladie -soleil.

Je voulais retirer ma main, mais Magda m’expliqua en tendant ma paume qu’entre le pouce et l’index, se trouvait une ligne : la « ligne de vie ».

La mienne lui paraissait longue ; elle se terminait sous le pouce et était le signe d’une grande vitalité et d’une énergie forte qui me permettaient d’affronter les difficultés de ma vie.

Puis elle m’indiqua la ligne de tête, qui débute entre le pouce et l’index, et traverse la paume de ma main. Celle-ci lui indiquait que j’avais des aptitudes qui allaient enfin être reconnues, sans les détailler de quelque nature qu’elles soient.

Elle lisait à voix haute des écritures qu’elle seule voyait.

Elle me parla de la ligne du cœur, de celle du destin, de la chance, des lignes secondaires… Elle voyait dans ma ligne de cœur des signes d’alerte, dans celle de mon destin,une étoile et elle finit par me dire : « c’est bien, tu remercies la vie et la vie t’aime ».

Cela faisait plus d’un quart d’heure que cette femme me lisait ce qu’elle voyait être mon avenir : j’allais rencontrer mon « unité universelle », la personne qui complèterait la moitié de l’être que je suis, j’allais m’épanouir dans une activité artistique où ma créativité et mon imagination seraient libres et exprimées au grand jour et pour finir, que j’aurais un bel automne et un long hiver.

J’avais l’impression de me retrouver dans un roman de Victor Hugo, ma main lue par une « diseuse de bonne aventure », dans une ruelle de Paris, et les dires de cette femme qui étaient à la fois hallucinants et qui me touchaient personnellement , si intimement, si fort.

Je fouillais les poches de mon manteau et en sortis un billet de dix euros que je lui tendis.

La femme prit mes doigts et les referma sur le billet.

- « Il n’a pas de valeur pour toi, alors pour moi non plus » me dit-elle en refusant le billet. 

Devais-je voir cela comme un signe ?

L’avenir me le dira !

M.H. 

 

 

Les lignes du destin (suite 2)

Classé dans : LES LIGNES DU DESTIN,RECITS - EXTRAITS — michelehardenne @ 12:00

mariavoyantemarocaine1155423569022295.jpg

Ce regard gris que j’avais croisé dans cette rue Des petits carreaux à Paris, il m’apparait dès que je ferme les yeux.

Mon esprit me rend fidèlement les traits du visage de cette femme, sa voix est restée dans ma mémoire aussi douce et claire que lorsque je l’ai rencontrée.

Je n’ai rien oublié, tout ce qu’elle  m’a dit sur moi est toujours présent en moi.

Mes notes prises en soirée et transcrites sur mon pc ne reprenaient que les grandes lignes de ma journée.

Mais les détails, mes yeux les ont absorbés, mon esprit les a assimilés et, c’est nuit après nuit, que je revis notre rencontre.

Je la revois me regarder lorsque j’arrive dans cette petite rue, elle donnait l’impression que nous étions deux vieilles copines qui allions nous retrouver.

J’ai d’abord pensé que son regard  et son sourire s’adressaient à une personne qui me suivait et en me tournant légèrement, je vis que je marchais en contre courant par rapport aux autres passants.

Arrivée à sa hauteur, celle aux cheveux blonds m’adressa un sourire et me stoppa dans ma marche.

C’est alors que Magda me sortit les mains que j’avais dans les poches de mon manteau et qu’elle les serra entre les siennes.

Je m’attendais à ce que ces femmes me réclament de l’argent.

Depuis que j’étais à Paris, tellement de miséreux me sollicitaient pour avoir une petite pièce  soit pour se payer un repas, ou une boisson chaude, ou « un logement de fortune « pour la nuit.

Comme tous les gens que je croisais,  j’enfouissais ma tête dans les épaules  et n’osant les regarder en face je poursuivais mon chemin.

Mais, je me suis laissée toucher par cette femme  et  je  l’ai fixée sans détourner mon regard du sien.

Ses mains qui prenait les miennes, au travers de mes gants, j’en sentais la chaleur.

- » Je vois la paix revenir dans ton coeur…

Cette première phrase me donna l’envie de sourire, elles devaient probablement toutes commencer de la même façon.

Une femme seule marchant au centre d’une rue piétonnière, ne s’intéressant pas aux commerces situés sur sa droite et sa gauche et regardant le haut des bâtiments à la recherche d’une quelconque plaque indiquant où elle se trouvait, devait paraître suspecte, être une proie facile.

Puis, Magda me parla de mon fils, elle avait une chance sur trois de ne pas se tromper; j’aurais pu ne pas avoir d’enfants, ou peut-être  en avoir plusieurs dont une fille mais j’ai bien un  garçon unique et elle avait insisté sur « ton fils ».

Elle ne me posait pas de questions, je n’émettais aucun son, seul quelques muscles de mon visage remuaient au fur et à mesure qu’elle me parlait.

Ensuite, elle en vint à me lire les lignes de la main.

J’étais en confiance, je vivais une nouvelle expérience humaine.

Cette femme attisait autant ma curiosité, qu’elle me fascinait.

 D’une part, de par l’activité qu’elle menait dans la rue – elle n’avait pas l’air d’une mendiante mais plutôt d’une mère de famille, la cinquantaine qui aurait pu distribuer des prospectus, ou d’une de ces rabatteuses que l’on peut trouver devant certains commerces ou restaurants – que par les phrases qu’elles débitaient de sa voix douce aux intonations régulières avec ce petit accent chantant.

Je la laissais me caresser la paume de la main gauche avec l’index de sa main gauche, à l’ongle soigné et verni et auquel elle portait une large alliance qui avait dû être trop grande pour son annulaire. Sa main droite servait de support à la mienne.

Elle me parlait de la ligne de vie, qui pour moi n’était jamais qu’un pli au centre de ma main.

-  » Tu ne dois plus t’inquiéter, ta ligne de vie est longue, elle a été interrompue, là tu vois, ta maladie ne reviendra pas, plus comme ça,  si elle doit revenir ton corps est préparé et ce n’est pas elle que tu dois craindre…mais maintenant tout va bien, tu connaîtras tes petits-enfants… ».

Magda avait relevé la tête et ses yeux se mirent à nouveau à sonder les miens, non pas comme si elle cherchait une approbation de ma part dans ses dires, mais comme si elle voulait que ses paroles entrent par mon regard.

Rien que d’y repenser , là maintenant,  je souris.

Je ne lui ai rien dit, mais Magda n’avait pas tort dans sa lecture de ma main, je suis allée à Paris parce que je savais que des rêves que je n’ai pas  pu faire à un moment de ma vie,  je pouvais maintenant les réaliser sans crainte.

Oui, je vais bien et j’aime la vie !

(à suivre)

 

 

Les lignes du destin (fin)

Classé dans : LES LIGNES DU DESTIN,RECITS - EXTRAITS — michelehardenne @ 10:00

lignesdemains.jpg

Notre destin est entre nos mains, pour moi cela ne fait aucune doute.

Que Madga ait pu y lire des traces de ma vie passée et présente dans les lignes de ma main gauche et surtout qu’elle ait pu m’envisager un avenir reste pour moi un mystère, une énigme.

Je n’ai pas un métier manuel, mes mains ne portent pas des stigmates qui auraient  pu être causées par un travail laborieux, mes ongles sont courts et le bout de mes doigts est plus dur sans doute dû au fait que je tape souvent sur un clavier d’ordinateur.

Magda prenait peu de risque de se tromper en me disant que je travaillais dans un bureau, mais lorsqu’elle a ajouté « ce n’est pas ton travail, la façon dont tu gagnes ta vie qui te plais, ce sont les gens que tu rencontres dans ton monde et dans l’autre,… oui cet autre monde qui t’appelle… mais tu n’as rien à craindre… ».

Elle continuait à passer son index le long des sillons gravés au centre de ma main tout en me regardant puis se replongea dans sa lecture des lignes de ma paume.

Elle me détaillait des signes d’alerte qu’elle lisait dans « la ligne de coeur ».

- Il y a un homme qui t’occupe l’esprit , il est gentil, il ne vit pas chez toi, il est d’ailleurs, il a belle allure mais ce ne sera pas celui de ton coeur, il ne veut pas, il ne peut pas te rejoindre, il te cherche pour lui mais pas pour t’aimer , pour t’aimer vraiment et longtemps…

Elle me regarda, attendant sans doute une réaction de ma part, ses yeux gris  s’étaient plissés en une mimique maternelle qui me décrocha un sourire.

- Tu vas avoir en début d’année des nouvelles qui vont te faire réfléchir à ton avenir et cet homme, celui qui t’attend depuis très longtemps, va te guider et t’aider à réaliser la femme qui est derrière ce joli minois….

Elle avait prononcer ces mots en posant son index sur mon manteau à l’endroit où se cachait mon coeur puis le posa sur mon front entre mes yeux et finit en le glissant le long de l’arête de mon nez.

Je l’invitais, me prenant au jeu de sa divination, à poursuivre sa lecture tout en agitant la main.

Magda éclata de rire, puis elle s’attarda sur « la ligne de vie ».

- L’année qui va arriver va mettre en lumière tes talents… tu peins ou tu dessines… tu écris… il aime ce que tu fais, cet homme a fait ta rencontre en découvrant tes capacités, il apprend à te connaître mais tu ignores encore tout de lui. Quand tu seras prête, il te rejoindra dans ton monde et se présentera à toi. Il faut croire aux rêves, il te montre le chemin de ton avenir… Tu as encore quelqu’un dans ta vie, il ne comprendra pas, ne te le pardonnera pas… tu sauras ce qu’il faut faire quand ce moment viendra…

Elle venait de suivre des lignes secondaires et dessinait une étoile.

Magda poursuivit sa consultation au milieu d’une foule en mouvement qui se densifiait, nous restions toujours invisibles.

Je l’avais écoutée, elle m’avait embrassée puis sans me retourner, j’ai repris ma promenade.

Début janvier, je recevais des nouvelles concernant une proposition professionnelle.

Pour le reste, je continue à marcher sereinement sur le chemin ma destinée.

Depuis que j’ai rencontré cette étrange femme, fascinante dans sa narration  et pour laquelle elle y mettait beaucoup de conviction, je regarde très souvent attentivement ma main gauche et je me suis rendue compte ce matin que j’avais une nouvelle ligne secondaire qui partait de la « ligne du destin ».

(Fin) 

M.H.

 

 
 

Il y a penser et pensées ... |
mademoisellec |
carnet de notes |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Je suis un "écrit-rien"
| Publications Patrice Gros-S...
| Litteratures Negro Africain...