MICHELE HARDENNE

Je suis une rêveuse et je vous invite à visiter un jardin imaginaire où les mots sont des fleurs qui poussent dans le champ de mes lubies.

20 juin, 2011

Les filles de Minahytu : la légende.

Classé dans : RECITS - EXTRAITS — michelehardenne @ 20:41

Les filles de Minahytu : la légende. dans RECITS - EXTRAITS bigban10 

Minahytu : la légende

… 

Son histoire, transmise de génération en génération, racontait que Minahytu provenait d’une contrée en aval du Nil.

Son peuple cultivait la terre.

Le sol était fertile, grâce aux nombreuses nappes aquifères qu’il contenait et aux apports de sédiments du fleuve.

Il y avait quatre saisons: quand la première saison commençait, son peuple labourait la terre, la deuxième il semait, la troisième il récoltait, la quatrième il nettoyait et préparait la terre pour la saison suivante.

Ce peuple adorait le Soleil.

Il lui  offrait une partie des récoltes lors de la première et de la quatrième saison, afin qu’il puisse faire profiter de ses bienfaits les autres parties du monde.

Pour eux, le monde continuait de l’autre côté des montagnes, des forêts.

Lorsque le Soleil se montrait moins souvent ou, lorsqu’il partageait sa lumière et sa chaleur avec les autres parties du monde, les arbres de la forêt, qui comme les gens transpiraient, séchaient moins vite.

Le Soleil n’aspirait plus d’un seul coup l’eau que contenait leur corps fibreux.

L’eau les quittait lentement et mettait plus de temps pour le rejoindre. 

Cette eau prenait la forme d’une grosse masse compacte, et avant de le nourrir, retombait sous forme de gouttelettes et retournait à la terre.

Le Soleil les faisait profiter d’un cycle, pour les quatre saisons. 

La contrée était une vallée qui bénéficiait d’une nature luxuriante, il y avait de petits lacs, de vertes pâtures, où les bêtes de somme, les chèvres et les vaches pouvaient paître.

Il y avait aussi des forêts de cèdres, de chênes, de platanes et d’arbres plus hauts encore aux feuillages plus denses et dont son peuple utilisait le bois pour construire l’habitat, pour se chauffer et fabriquer les outils agricoles.

Il y avait de vastes plaines, qu’il cultivait pour se nourrir.

Son peuple ne consommait pas de viande.

Et pendant des millénaires, ce peuple pacifiste, qui restait dans la vallée, déposait les produits de ses récoltes au  Soleil qui leur offrait un cycle, et puis un autre.

Il n’y avait pas de hiérarchie, ce peuple était uni; ils travaillaient ensemble, mangeaient ensemble, les aînés conseillaient les plus jeunes et transmettaient leur savoir, les plus jeunes les aidaient.

La jalousie, la convoitise n’existaient pas.

Ce peuple vivait en osmose avec la nature et les animaux qui prospéraient dans la vallée, chacun donnant à l’autre ses richesses.

Un jour, lors d’une troisième saison, des hommes venus de l’autre partie du monde, descendirent dans la vallée et emmenèrent tous les jeunes , abandonnant les aînés et les nouveau-nés “filles”, ne laissant qu’un bébé garçon.

Ils n’opposèrent aucune résistance.

Les hommes entraînèrent les jeunes gens en amont du Nil.

Après des jours et des nuits de marche, ils arrivèrent dans une vallée où ne régnait que la sécheresse.

Pas de forêt, pas de pâtures à l’herbe verte et grasse, pas de lacs, le sol n’était que terre poudreuse, sèche et brûlante.

Ces hommes ne bénéficiaient d’aucun cycle, ils maudissaient le “soleil Bienfaiteur”, ne lui faisaient aucune offrande, allant jusqu’à le provoquer.

Certains s’attribuèrent des pouvoirs, prétendant être les fils du Soleil .

Le Soleil fut plus généreux que jamais.

Il ne disparaissait plus, ne cédait plus sa place à la nuit et de ses rayons brûlants et destructeurs, les irradia jusqu’a les faire disparaître.

Le peuple de la vallée fut le seurl épargné, mais ne se réduisant qu’à quelques vieillards et des nouveau-nés  ne put perpétuer le cycle.

Il ne savait plus respecter les saisons : la terre n’était plus labourée, il n’y avait plus eu de semis, ni de moissons et plus d’offrandes au Soleil.

Les aînés gardaient espoir et continuaient leur enseignement des traditions dans l’art ancestral de l’agriculture, à ce peuple réduit à une dizaine de fillettes et un seul garçon. 

N’ayant plus de récolte de fruits, de légumes, de céréales, desquels une partie était offerte au soleil pendant la première et quatrième saison, le cycle fut interrompu.

La forêt tomba malade, les terres et les lacs devinrent secs.

Les jeunes filles se rendaient au fleuve, plusieurs fois par jours, pour ramener l’eau boueuse qui servait à abreuver le petit cheptel de vaches et de chèvres.

Les bêtes leur fournissaient du lait, dont elles faisaient du fromage, qui était leur seule nourriture.

Les animaux se nourrissaient des quelques herbes rares et fragiles, qui perçaient la croûte de terre aride et de vieux bois secs provenant de la forêt.

Les animaux tombèrent malades, ils mirent bas des êtres difformes et stériles.

Leur lait, devenu rare, était empoisonné.

Les anciens s’éteignirent, ce peuple était voué à son extinction.

Il ne resta plus que quatre survivants : un jeune garçon et trois jeunes filles, dont Minahytu.

Elle était la plus âgée.

Comme signe de reconnaissance en tant qu’ « aînée » responsable de son peuple, elle portait à l’annulaire droit, un anneau de métal.

Le Soleil , comme chaque matin s’apprêtait à se lever.

Minahytu, dès qu’elle aperçut ses premières lueurs, courut à travers les plaines désertifiées, traversa la forêt de bois mort et grimpa sur la plus haute montagne qui n’était plus qu’un énorme rocher.

À perte de vue, l’autre partie du monde n’était qu’une mer de sable.

Le Soleil avait faim, il avait aspiré toute trace de vie.

Elle se dressa sur le rocher, torse nu, et s’adressa à lui.

Elle voulait qu’il accepte son corps en compensation des dons que son peuple n’avait pas pu perpétuer.

Elle lui lança son anneau, gardant à son doigt une trace bleutée, pour lui montrer qu’elle renonçait à sa vie d’humaine.

Elle le suppliait de lui accorder un cycle, un seul, afin que la vie puisse revenir dans la vallée.

Une lumière blanche, aveuglante, plus forte que jamais envahit le ciel.

La jeune fille du haut du rocher était prête à s’offrir en sacrifice, elle allait sauter et se jeter dans la mer de sable, lorsqu’une boule de feu vint percuter le rocher, la projetant très loin en arrière.

Le rocher éclata, se fendit en son centre et de sa bouche, il recracha des milliers de cailloux incandescents.

Un des cailloux vint toucher le sein gauche de la jeune fille et y laissa une trace noire, un cercle parfait représentant un « Soleil ».

Il l’avait acceptée en offrande puis il disparut faisant place à la nuit.

Des morceaux de la lumière blanche tombèrent avec fracas sur le sable, épargnant la vallée.

Le sable s’enflamma, de l’eau tomba du ciel, éteignit l’incendie et la mer de sable devint un océan. 

M.H.

2 juin, 2011

Les filles de Minahytu – extrait.

Classé dans : RECITS - EXTRAITS — michelehardenne @ 22:50

Les filles de Minahytu - extrait. dans RECITS - EXTRAITS bacter10 

… »

Lise le regardait, elle ne l’interrompait pas, buvait chacune de ses paroles.

Il se confiait à elle, gagnait sa confiance, était en aveu, et partageait ses secrets.

  - Dans les années 2015, les dérèglements climatiques sont devenus ingérables.

L’effet de serre, provoqué par les rejets de gaz carboniques, a accéléré la détérioration de la « biodiversité ».

Si au début de sa création, l’Homme avait des besoins, ils les comblaient par nécessité : s’il avait besoin de se nourrir, par nécessité il chassait.

Il respectait la « Nature » et vivait en harmonie avec elle.

Puis au fil du temps, l’Homme par nécessité s’est créé des besoins.

Le « cycle » a été perturbé.

En 2017, les éléments naturels se sont déchaînés : tsunamis et tremblements de terre de plus en plus fréquents, inondations, désertification et puis…

Ben réfléchissait, cherchait les mots pour lui expliquer dans un langage simple, sa création.

Il poursuivit :

  - L’espèce humaine a régressé, les guerres se sont multipliées.

Les dégâts provoqués par les attaques nucléaires étaient irréversibles. 

Plus de la moitié des êtres vivants ont été exterminés, et les mutations génétiques ont commencé.

Les bactéries, les plus petits organismes vivants, ont été les premières à subir ces mutations.

Elles sont devenues plus agressives et ont déclaré la guerre à l’Humanité. 

Elles étaient partout : dans l’air, dans l’eau…

En 2040, il restait moins de cinquante millions d’êtres humains à la surface de la Terre !

… »

M.H. (extrait de Minahytu, écrit en correction dans le but d’une future édition).

30 janvier, 2011

Extrait d’Iris Blanche: suspicion.

Classé dans : RECITS - EXTRAITS — michelehardenne @ 10:32

… 

Ce mercredi, Marc avait été appelé à cinq heures du matin. Une prostituée du centre-ville avait abattu son client. Il sauta du lit, passa à la salle de bains, enfila un jeans et un pull à col roulé.

        Une affaire classique, je te ramène les croissants ! Lui avait-il dit en l’embrassant sur le front.

        J’y compte bien ! Lui avait-elle répondu en remontant la couette sur sa tête.

Iris s’était levée vers la demi de six heures. De la fenêtre de la cuisine, elle regardait le jardin sous son épais manteau de neige blanche. Elle se remplit une tasse de café et se rendit dans le salon. 

De la baie vitrée, elle apercevait sa petite Toyota couverte de neige.

Les voitures qui remontaient la rue semblaient faire du surplace. 

Elle commençait son service à huit heures. Le commissariat se trouvait dans le quartier nord de la ville. Sur route dégagée, elle mettait moins d’un quart d’heure pour s’y rendre. 

Là, il allait falloir déneiger sa voiture. 

Elle allait se rendre à la salle de bains, lorsque son regard s’arrêta sur la table de la salle à manger.

        Marc, où as-tu la tête ?

Le GSM de Marc vibrait sur la petite table. Iris le prit en main, il y avait un message.

Instinctivement, elle appuya sur la touche de lecture du message : « On se voit à midi, je t’aime ».

Iris se laissa tomber sur le canapé et relut le message.

Il était anonyme, seul le numéro permettrait d’identifier le correspondant. Elle consulta le journal des appelants. Le numéro apparut six fois. Elle en consulta le détail : « Chez « Vilvaldi » à vingt heures, je t’aime ».

Le message datait d’hier, mardi.

Marc était rentré vers dix-sept heures et après s’être changé, était reparti vers dix-neuf heures trente ; un homme s’était noyé dans sa baignoire.

Il avait rejoint Iris dans son lit, vers la demi d’une heure.

Le message de lundi lui fit monter les larmes aux yeux : « J’ai adoré notre premier week-end, je t’aime ».

Marc s’était rendu chez Alain, son collègue et copain d’enfance. Il lui avait dit qu’ils iraient faire du ski de fond tant qu’il y avait encore de la poudreuse.

Iris détestait la neige, le froid.

Elle se rappelait si bien ce qu’il lui avait dit ce soir là :

        Nous aurons notre prochain week-end, juste toi et moi, au soleil. Depuis le départ de Jeanne et des enfants, Alain ne va pas bien. Pour son anniversaire, je lui ai fait la surprise, j’ai réservé une nuitée dans une petite auberge, histoire qu’on se retrouve entre hommes.

        Tu as bien fait, il n’est pas de très bonne compagnie ton copain ces temps-ci. Mercredi, il a failli me percuter dans le couloir, il ne s’est même pas excusé.

Iris lui avait préparé sa valise et y avait ajouté une bouteille de whisky qu’elle avait emballée en y mettant une petite carte à l’attention d’Alain :                                               

« La vie commence à quarante ans ! Bonne renaissance ! »

Elle essuya ses larmes du revers de la blouse de son pyjama et lança le portable de Marc de toutes ses forces sur le carrelage.

L’appareil dans une dernière agonie émit un nouveau tremblement. Iris, dans un coup de pied rageur, l’envoya finir sa vie sous le buffet. 

10 janvier, 2011

Les lignes du destin (première partie).

Classé dans : LES LIGNES DU DESTIN,RECITS - EXTRAITS — michelehardenne @ 13:00

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Les lignes du destin.

S’il suffisait d’un signe ou d’une ligne tracée au creux de la main gauche pour connaître notre destinée.

Après avoir réalisé un dessin au fusain, je regardais mes mains noircies par la mine de charbon et soudain me revient en mémoire ces deux femmes que j’avais croisées dans une petite rue de Paris.

Elles avaient toutes les deux la cinquantaine, l’une était blonde et l’autre avait des cheveux d’ébène qui dépassaient d’un foulard en soie noir. Elles prétendaient venir de Compostelle.

Très souriantes, elles m’abordèrent.

Celle, aux longs cheveux noirs, me prit les deux mains et me regarda dans les yeux.

Il faisait très froid, je portais des gants.

Elle m’attira vers le porche d’une ancienne bâtisse.

-« Je ne suis pas intéressée » lui dis-je poliment.

- « j’ai croisé ton regard et j’ai besoin de te parler, je ne te demande rien, si tu veux me donner quelque chose, ce ne sera pas pour moi, mais pour nos enfants ».

Sa voix avait un accent prononcé du Sud et tout comme son regard, ils étaient doux.

La femme blonde me fit un sourire et me dit : « écoute Magda, elle sait des choses sur toi, pour toi ! ».

J’étais en balade, qu’avais-je à y perdre.

Mes mains toujours serrées dans celles de Magda, je la regardais, mais je ne peux me l’expliquer, je n’avais plus envie de sourire.

Ses yeux gris, presque translucides, ne quittaient pas les miens.

Ses pupilles rejoignaient les miennes.

Après quelques secondes, elle me dit : « je vois la paix revenir dans ton cœur, tu trouveras cet homme et ton fils l’acceptera… ».

Je ne lui avais encore rien dit, ni mon prénom, ni rien de ma vie ou de ma famille.

- « Tu n’es pas d’ici, tu quitteras ton pays, tu vas vivre tes rêves…donne-moi ta main ! ».

Cela se voyait-il donc que je ne vivais pas en France, que j’étais une touriste, juste une personne de passage…Pourtant dans la foule, j’étais invisible.

Je m’exécutais sans davantage me poser de questions.

La rue était animée, les gens passaient sans nous  voir. J’étais prête à retirer mon gant…

- « Donne-moi l’autre main, celle du cœur » me dit-elle en souriant.

La femme aux cheveux blonds s’était mise un peu à l’écart et d’un hochement de tête m’invitait de me mettre en confiance.

Je lui tendis la main gauche qui ne portait aucun bijou, ni montre, ni bagues.

Elle glissa sa main droite sous la mienne et de son autre main me frotta la paume, puis elle ferma les yeux.

- « Ta santé va aller de mieux en mieux, tes nuits vont redevenir belles et tes matins vont retrouver le sourire ».

Je l’écoutais, un petit rictus se dessinait sur mon visage.

Elle prit son index et toucha une de mes fossettes, puis me fit un signe sur le front.

Ensuite, elle se pencha sur ma main et de son long doigt dessina des lignes imaginaires.

De temps à autre, elle relevait la tête.

Pendant qu’elle analysait les rides au creux de ma main, je regardais les passants qui tête baissée, couraient dans tous les sens.

Les yeux de Magda rencontrèrent à nouveau les miens. Ils étaient à la fois tendres et rieurs, puis en prenant ma main entre les siennes me dit :

- « Tu ne t’es pas trompée de vie, ce que tu sais te rend forte, tu as eu une grave maladie mais maintenant le soleil est entré en toi…tu vas enfin être vue telle que tu es et … ».

Elle avait dit trop de mots qui m’interpellaient : santé- matin –nuit – maladie -soleil.

Je voulais retirer ma main, mais Magda m’expliqua en tendant ma paume qu’entre le pouce et l’index, se trouvait une ligne : la « ligne de vie ».

La mienne lui paraissait longue ; elle se terminait sous le pouce et était le signe d’une grande vitalité et d’une énergie forte qui me permettaient d’affronter les difficultés de ma vie.

Puis elle m’indiqua la ligne de tête, qui débute entre le pouce et l’index, et traverse la paume de ma main. Celle-ci lui indiquait que j’avais des aptitudes qui allaient enfin être reconnues, sans les détailler de quelque nature qu’elles soient.

Elle lisait à voix haute des écritures qu’elle seule voyait.

Elle me parla de la ligne du cœur, de celle du destin, de la chance, des lignes secondaires… Elle voyait dans ma ligne de cœur des signes d’alerte, dans celle de mon destin,une étoile et elle finit par me dire : « c’est bien, tu remercies la vie et la vie t’aime ».

Cela faisait plus d’un quart d’heure que cette femme me lisait ce qu’elle voyait être mon avenir : j’allais rencontrer mon « unité universelle », la personne qui complèterait la moitié de l’être que je suis, j’allais m’épanouir dans une activité artistique où ma créativité et mon imagination seraient libres et exprimées au grand jour et pour finir, que j’aurais un bel automne et un long hiver.

J’avais l’impression de me retrouver dans un roman de Victor Hugo, ma main lue par une « diseuse de bonne aventure », dans une ruelle de Paris, et les dires de cette femme qui étaient à la fois hallucinants et qui me touchaient personnellement , si intimement, si fort.

Je fouillais les poches de mon manteau et en sortis un billet de dix euros que je lui tendis.

La femme prit mes doigts et les referma sur le billet.

- « Il n’a pas de valeur pour toi, alors pour moi non plus » me dit-elle en refusant le billet. 

Devais-je voir cela comme un signe ?

L’avenir me le dira !

M.H. 

Les lignes du destin (suite 2)

Classé dans : LES LIGNES DU DESTIN,RECITS - EXTRAITS — michelehardenne @ 12:00

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Ce regard gris que j’avais croisé dans cette rue Des petits carreaux à Paris, il m’apparait dès que je ferme les yeux.

Mon esprit me rend fidèlement les traits du visage de cette femme, sa voix est restée dans ma mémoire aussi douce et claire que lorsque je l’ai rencontrée.

Je n’ai rien oublié, tout ce qu’elle  m’a dit sur moi est toujours présent en moi.

Mes notes prises en soirée et transcrites sur mon pc ne reprenaient que les grandes lignes de ma journée.

Mais les détails, mes yeux les ont absorbés, mon esprit les a assimilés et, c’est nuit après nuit, que je revis notre rencontre.

Je la revois me regarder lorsque j’arrive dans cette petite rue, elle donnait l’impression que nous étions deux vieilles copines qui allions nous retrouver.

J’ai d’abord pensé que son regard  et son sourire s’adressaient à une personne qui me suivait et en me tournant légèrement, je vis que je marchais en contre courant par rapport aux autres passants.

Arrivée à sa hauteur, celle aux cheveux blonds m’adressa un sourire et me stoppa dans ma marche.

C’est alors que Magda me sortit les mains que j’avais dans les poches de mon manteau et qu’elle les serra entre les siennes.

Je m’attendais à ce que ces femmes me réclament de l’argent.

Depuis que j’étais à Paris, tellement de miséreux me sollicitaient pour avoir une petite pièce  soit pour se payer un repas, ou une boisson chaude, ou « un logement de fortune « pour la nuit.

Comme tous les gens que je croisais,  j’enfouissais ma tête dans les épaules  et n’osant les regarder en face je poursuivais mon chemin.

Mais, je me suis laissée toucher par cette femme  et  je  l’ai fixée sans détourner mon regard du sien.

Ses mains qui prenait les miennes, au travers de mes gants, j’en sentais la chaleur.

- » Je vois la paix revenir dans ton coeur…

Cette première phrase me donna l’envie de sourire, elles devaient probablement toutes commencer de la même façon.

Une femme seule marchant au centre d’une rue piétonnière, ne s’intéressant pas aux commerces situés sur sa droite et sa gauche et regardant le haut des bâtiments à la recherche d’une quelconque plaque indiquant où elle se trouvait, devait paraître suspecte, être une proie facile.

Puis, Magda me parla de mon fils, elle avait une chance sur trois de ne pas se tromper; j’aurais pu ne pas avoir d’enfants, ou peut-être  en avoir plusieurs dont une fille mais j’ai bien un  garçon unique et elle avait insisté sur « ton fils ».

Elle ne me posait pas de questions, je n’émettais aucun son, seul quelques muscles de mon visage remuaient au fur et à mesure qu’elle me parlait.

Ensuite, elle en vint à me lire les lignes de la main.

J’étais en confiance, je vivais une nouvelle expérience humaine.

Cette femme attisait autant ma curiosité, qu’elle me fascinait.

 D’une part, de par l’activité qu’elle menait dans la rue – elle n’avait pas l’air d’une mendiante mais plutôt d’une mère de famille, la cinquantaine qui aurait pu distribuer des prospectus, ou d’une de ces rabatteuses que l’on peut trouver devant certains commerces ou restaurants – que par les phrases qu’elles débitaient de sa voix douce aux intonations régulières avec ce petit accent chantant.

Je la laissais me caresser la paume de la main gauche avec l’index de sa main gauche, à l’ongle soigné et verni et auquel elle portait une large alliance qui avait dû être trop grande pour son annulaire. Sa main droite servait de support à la mienne.

Elle me parlait de la ligne de vie, qui pour moi n’était jamais qu’un pli au centre de ma main.

-  » Tu ne dois plus t’inquiéter, ta ligne de vie est longue, elle a été interrompue, là tu vois, ta maladie ne reviendra pas, plus comme ça,  si elle doit revenir ton corps est préparé et ce n’est pas elle que tu dois craindre…mais maintenant tout va bien, tu connaîtras tes petits-enfants… ».

Magda avait relevé la tête et ses yeux se mirent à nouveau à sonder les miens, non pas comme si elle cherchait une approbation de ma part dans ses dires, mais comme si elle voulait que ses paroles entrent par mon regard.

Rien que d’y repenser , là maintenant,  je souris.

Je ne lui ai rien dit, mais Magda n’avait pas tort dans sa lecture de ma main, je suis allée à Paris parce que je savais que des rêves que je n’ai pas  pu faire à un moment de ma vie,  je pouvais maintenant les réaliser sans crainte.

Oui, je vais bien et j’aime la vie !

(à suivre)

Les lignes du destin (fin)

Classé dans : LES LIGNES DU DESTIN,RECITS - EXTRAITS — michelehardenne @ 10:00

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Notre destin est entre nos mains, pour moi cela ne fait aucune doute.

Que Madga ait pu y lire des traces de ma vie passée et présente dans les lignes de ma main gauche et surtout qu’elle ait pu m’envisager un avenir reste pour moi un mystère, une énigme.

Je n’ai pas un métier manuel, mes mains ne portent pas des stigmates qui auraient  pu être causées par un travail laborieux, mes ongles sont courts et le bout de mes doigts est plus dur sans doute dû au fait que je tape souvent sur un clavier d’ordinateur.

Magda prenait peu de risque de se tromper en me disant que je travaillais dans un bureau, mais lorsqu’elle a ajouté « ce n’est pas ton travail, la façon dont tu gagnes ta vie qui te plais, ce sont les gens que tu rencontres dans ton monde et dans l’autre,… oui cet autre monde qui t’appelle… mais tu n’as rien à craindre… ».

Elle continuait à passer son index le long des sillons gravés au centre de ma main tout en me regardant puis se replongea dans sa lecture des lignes de ma paume.

Elle me détaillait des signes d’alerte qu’elle lisait dans « la ligne de coeur ».

- Il y a un homme qui t’occupe l’esprit , il est gentil, il ne vit pas chez toi, il est d’ailleurs, il a belle allure mais ce ne sera pas celui de ton coeur, il ne veut pas, il ne peut pas te rejoindre, il te cherche pour lui mais pas pour t’aimer , pour t’aimer vraiment et longtemps…

Elle me regarda, attendant sans doute une réaction de ma part, ses yeux gris  s’étaient plissés en une mimique maternelle qui me décrocha un sourire.

- Tu vas avoir en début d’année des nouvelles qui vont te faire réfléchir à ton avenir et cet homme, celui qui t’attend depuis très longtemps, va te guider et t’aider à réaliser la femme qui est derrière ce joli minois….

Elle avait prononcer ces mots en posant son index sur mon manteau à l’endroit où se cachait mon coeur puis le posa sur mon front entre mes yeux et finit en le glissant le long de l’arête de mon nez.

Je l’invitais, me prenant au jeu de sa divination, à poursuivre sa lecture tout en agitant la main.

Magda éclata de rire, puis elle s’attarda sur « la ligne de vie ».

- L’année qui va arriver va mettre en lumière tes talents… tu peins ou tu dessines… tu écris… il aime ce que tu fais, cet homme a fait ta rencontre en découvrant tes capacités, il apprend à te connaître mais tu ignores encore tout de lui. Quand tu seras prête, il te rejoindra dans ton monde et se présentera à toi. Il faut croire aux rêves, il te montre le chemin de ton avenir… Tu as encore quelqu’un dans ta vie, il ne comprendra pas, ne te le pardonnera pas… tu sauras ce qu’il faut faire quand ce moment viendra…

Elle venait de suivre des lignes secondaires et dessinait une étoile.

Magda poursuivit sa consultation au milieu d’une foule en mouvement qui se densifiait, nous restions toujours invisibles.

Je l’avais écoutée, elle m’avait embrassée puis sans me retourner, j’ai repris ma promenade.

Début janvier, je recevais des nouvelles concernant une proposition professionnelle.

Pour le reste, je continue à marcher sereinement sur le chemin ma destinée.

Depuis que j’ai rencontré cette étrange femme, fascinante dans sa narration  et pour laquelle elle y mettait beaucoup de conviction, je regarde très souvent attentivement ma main gauche et je me suis rendue compte ce matin que j’avais une nouvelle ligne secondaire qui partait de la « ligne du destin ».

(Fin) 

M.H.

7 octobre, 2010

les filles de Minahytu : ext.: la voiture de Ben.

Classé dans : RECITS - EXTRAITS — michelehardenne @ 8:10

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La voiture de Ben

« …Max était sorti de la voiture et avait avancé le siège pour qu’elle puisse s’installer sur la banquette arrière. En voulant plonger pour s’y glisser, la boucle de sa sandalette rencontra la lanière du sac. La voiture étant très basse, son front percuta l’appuie-tête du siège et elle se retrouva étalée de tout son long dans l’habitacle.

-       Lise, tu as soif ou tu as bu ? La gêne, tu es insortable et la journée ne fait que commencer ! pesta Max, levant les yeux au ciel. 

Le seul à se réjouir de la journée semblait être Ben.  Lise voulant se faire discrète se cala dans le moelleux du siège de la voiture. Une douce odeur de menthe et de miel se répandait à l’intérieur. Son regard se porta sur le cou de Ben, ses cheveux d’un noir bleuté ondulaient légèrement à la hauteur du col de son sweat, qui laissait apparaître une fine chaîne en argent. Une mèche de ses cheveux était glissée derrière son oreille droite. Le lobe de son oreille, étonnement blanc en contraste avec sa mèche de cheveux, portait une petite cicatrice rose, on aurait dit un minuscule « code-barre ». 

Elle ferma les yeux et se laissa bercer. Elle ne sentait pas les soubresauts de la voiture sur la chaussée.

Au volant de “Titine”, elle devait se tenir à deux mains pour éviter les nids-de-poule. Elle ouvrit les yeux et fixa le rétroviseur. Ben souriait toujours, ses lèvres légèrement entrouvertes montraient ses jolies incisives blanches et régulières. Ses yeux, masqués par les lunettes de soleil, la fixaient. L’idée que Ben la surveille n’était pas pour lui déplaire. 

-     Sans doute croit-il que je vais “vomir” dans sa belle voiture, songea-t-elle un sourire aux lèvres. .. »

17 septembre, 2010

Extrait de « les filles de Minahytu »: balade en moto

Classé dans : RECITS - EXTRAITS — michelehardenne @ 11:29

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… »La moto filait à toute allure, le paysage défilait.

Lise n’aurait même pas su dire si elle voyait des vaches ou des chevaux dans les prairies. Elle s’en foutait, Lise s’envolait.

Elle sursauta, lorsque sa main toucha le boîtier métallique qui vibrait au fond de la poche de Ben. Il avait senti son changement de position et ralentit. Il ne l’avait pas quittée des yeux, l’observant dans le rétroviseur. Il changea d’itinéraire et s’engagea sur une toute petite route qui traversait un bois.

La nature était si belle, la forêt si dense en cette fin du mois d’août.  Les arbres étaient si hauts, si touffus, que le soleil ne parvenait pas à y faire passer ses rayons. Il ne devait pas être loin de midi. Au bout du tunnel, composé de branches feuillues qui s’entrecroisaient formant un pont, Lise apercevait la lumière.

Le tunnel débouchait sur des trois voies rapides, il accéléra pour être dans le mouvement des voitures, les dépassait par la gauche, par la droite, se glissait entre elles. Lise n’avait plus peur, elle avait confiance en son chauffeur, son merveilleux Ben, et la « bête » l’avait apprivoisée.  »…

31 août, 2010

La chambre des départs (extraits): catastrophe climatique

Classé dans : RECITS - EXTRAITS — michelehardenne @ 10:40

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 Tremblement de terre en Chine.

La télévision était encore allumée, elle diffusait en boucle les catastrophes qui se déroulaient en Chine et en Inde. 

Phil prit la commande et augmenta le son. 

La chine déplorait plus d’un million de morts, quatre millions de blessés et pas moins d’habitations détruites depuis les dernières quarante-huit heures. La plus grande partie de la population décédée occupait les « gratte-ciel » qui se sont effondrés en quelques minutes lors de la deuxième réplique du tremblement de terre. La situation allait empirer dans les trente-six heures qui allaient suivre avec un exode de la population vers les campagnes. Plus de dix millions de personnes vont devoir cohabiter dans des maisons de toile et se battre pour leur survie. Phil diminua le son.

-     Où as-tu été ? demanda Phil à son père, sachant que ses voyages avaient un rapport avec l’inquiétude de sa mère concernant l’évolution trop rapide des cataclysmes.

-     D’abord en Chine, il y a trois jours, ensuite j’y suis retournée dans les deux années à venir.

-     Tu sais ce qui s’est produit et ce qui va arriver !

-     L’Asie est un vaste continent. Les catastrophes qui la déchirent étaient prévisibles depuis plusieurs années. La plaque tectonique eurasienne est entrée en collision avec la plaque indienne. Cela arrive depuis des millénaires, mais leur contact est de plus en plus fréquent.  Les scientifiques chinois avaient déjà prévu, il y a six ans, avec une étonnante précision l’épicentre du séisme et son amplitude. Le pays s’y était préparé, ils n’y ont plus développé leur économie. Leurs centrales nucléaires, les plus performantes au monde et leurs centres de technologies ont été construits dans les grandes plaines les plus éloignées de l’Himalaya.

-     Mais que vont devenir ces peuples, s’inquiéta Phil.

-  Ils vont se déplacer en masse vers des zones plus calmes. Depuis que l’aide humanitaire internationale n’existe plus, chaque pays égoïstement doit pourvoir au secours de sa population. L’Inde et la Chine sont les plus grandes puissances économiques de la planète. Ils ont de gros moyens pour venir en aide aux survivants. Dans deux ans, les villes seront complètement reconstruites, et les survivants y réintègreront les nouveaux « gratte-ciel », jusqu’aux prochaines catastrophes !

Ben ne pouvait en dévoiler davantage à son fils. 

27 juillet, 2010

Minahytu (extrait): L’orage

Classé dans : RECITS - EXTRAITS — michelehardenne @ 21:58

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L’orage

Il était vingt heures, il tonnait et les éclairs se succédaient à intervalles de plus en plus réguliers.

Dès son retour, Lise avait couru dans le jardin. Elle avait débarrassé la table, rangé la vaisselle dans le lave-vaisselle, remit la demi-bouteille de rosé au frigo, glissé les chaises en fer forgé blanches sous la table et les avaient déplacés sous le saule, avait vidé le barbecue en métal rouillé ayant pris soin de ramasser les quelques charbons incandescents et de les jeter dans un seau en métal. Le tout fait en moins de vingt minutes.

Elle se mit à nettoyer la cuisine de fond en comble. Il est vrai que lorsque Max se mettait aux préparatifs culinaires, la poubelle débordait et tous les ustensiles se retrouvaient joyeusement inanimés sur le plan de travail.

Dans un peu moins de trois heures, elle irait rechercher Max. Il faisait encore chaud. Elle prit un « plaid » et l’installa sur une des chaises longues. La lumière diffusée par les dix lanternes électriques délimitant la terrasse, lui procurait une sensation agréable. Elle retourna dans le hall, fouilla dans son sac et en ressortit un livre de mots croisés accompagné d’un vieux bic mâchouillé. Elle alla dans la cuisine, ouvrit le frigo,en sortit la bouteille de rosé bien fraîche, prit un verre et déposa le tout sur la table basse placée à côté de la chaise.

Le ciel grondait, les éclairs étaient de plus en plus présents, et la première goutte de pluie tomba. Lise venait à peine de commencer sa grille, elle rassembla ses affaires et rentra. La porte-fenêtre coulissante du salon qui donnait sur la terrasse était restée grande ouverte. La pluie qui tombait en grosses gouttes avait rafraîchi l’air. Il commençait à faire supportable.

D’un bond, Lise qui s’était étendue sur le sofa se releva. Elle n’avait pas fermé les fenêtres de l’étage. Dans un demi-sommeil, elle grimpa l’escalier et se rendit dans la chambre de Max. La fenêtre grande ouverte donnait sur la rue. La pluie qui tombait commençait à engorger les avaloirs, et les rigoles se transformaient en petits ruisseaux.

Tandis qu’elle se penchait à la fenêtre, un éclat lumineux attira son regard. Une moto noire, rutilante, était sur sa béquille, stationnée au pied d’un des poteaux qui éclairaient la rue. Il lui semblait apercevoir un peu plus loin, sur un des bancs, une ombre. En plissant les yeux, elle distinguait un homme tout de noir vêtu. Il était assis jambes croisées, la lumière diffusée par l’éclairage du poteau ricochait sur sa grosse tête brillante et elle aurait juré qu’il regardait dans sa direction. Elle prit soudainement peur et des images de son accrochage lui revinrent en mémoire.

-     Cet homme, ne peut-être que le propriétaire de la moto. Et, s’il s’agissait du motard avec lequel je suis entrée en collision cet après-midi ?

Elle se sentit tressaillir et sa vision lui faisait bouillonner l’esprit.

-       Il m’a suivie, au vu de l’état de ma voiture, il a sans doute également des dégâts à sa moto. Il a peut-être été blessé et il aura trouvé un témoin qui aura pris le numéro de ma plaque d’immatriculation, et maintenant, il a mon adresse !

Prise de panique, elle ferma la fenêtre et tira le rideau. Elle alla dans sa chambre et en fit de même. Il était 23 h 30, il fallait qu’elle se change. Max n’allait plus tarder à l’appeler. Le téléphone sonna. Elle descendit comme une furie les escaliers, faillit se trébucher sur le paillasson du hall, et atteint essoufflée le combiné du téléphone.

-       Allô, Max ?

-       TUUUUUT !

On avait raccroché.