La montagne est si belle

La montagne est si belle
Une chèvre dans le pré, restait couchée.
Mâchant longuement une brindille, son regard était ailleurs.
Il était dirigé vers de hautes montagnes, aux sommets éternellement enneigés, qu’elle pouvait voir de la prairie.
Le soleil se levait à l’horizon, au bout de la plaine, et se couchait derrière les flancs des montagnes.
Ces montagnes, si belles du printemps jusqu’à la fin de l’été, elle les avait connues, il y a bien des années.
Elle se souvenait qu’avec ses frères, ses sœurs et toute sa famille, elle gambadait en toute liberté dans de hautes herbes parfumées, qu’elle sautait de rochers en rochers pour atteindre le sommet, là où l’air était si pur et si frais, qu’elle broutait du côté de l’adret et faisait de longue sieste à l’ubac.
Mais un jour, elle fut emmenée, dans la vallée. Toute sa famille avait été rassemblée dans ce pré, aux clôtures électrifiées.
Sa belle montagne, avait perdu de sa verdure, les champs de fleurs avaient fait place à des maisons aux murs blancs et aux toits rouges. Les sentiers de rocailles qui étaient bordés d’arbustes sauvages et savoureux, autrefois empruntés par quelques rares promeneurs, étaient devenus un béton lisse, reflétant les rayons brûlants du soleil d’été.
Les années passaient, sa famille disparaissait.
Seules, quelques chèvres étaient préservées, parce qu’elles donnaient encore du lait, pour les hommes, qu’ils transformaient en fromage.
Il y avait deux boucs parmi les dix femelles, dont elle, qui devaient assurer la longévité de sa lignée.
Elle avait eu, au cours de sa vie, trois portées, mais n’avaient pas pu garder ses petits auprès d’elle. Dès qu’ils étaient sevrés, ils étaient emmenés, et elle ne les revoyait plus, jamais.
Pourtant, mâchonnant à nouveau un peu d’herbe jaunie, sans aucune saveur et à la forte odeur de bitume, elle n’avait rien oublié, et de cette réalité du passé, elle ne pouvait plus qu’en rêver.
M.H.(Michèle Hardenne)














